Panorama
A partir du IVème siècle : La Mauritanie a été atteinte, de même que l’ensemble du Sahara occidental, et plus tôt que les autres régions sahariennes, par les invasions berbères qui se sont propagées du Nord au Sud , c’est-à-dire après l’introduction du chameau dans ces pays, qui auparavant n’étaient peuplés que par quelques agriculteurs noirs; avec lui arrivèrent les grands nomades blancs.En Mauritanie ce sont les Berbères Zanata et Sanhadja qui, menant leurs troupeaux à la recherche des pâturages, refoulent devant eux les Noirs.
Les Sanhadja porteurs du voile sont proches parents des Touareg.IXème siècle : Ils opposent à l’Empire du Ghana en formation une vive résistance. Puis d’une confédération berbère, dont le centre est le Tagant, l’Adrar, et la région des dunes mauritaniennes, sort le mouvement de prédication et de réformation religieuse et morale des Almoravides.
Ceux-ci se scindent en deux branches, les uns fondant le vaste empire marocain, les autres poursuivant en direction du Soudan l’œuvre d’islamisation et les luttes contre le Ghana.
XIIIème siècle : Lors des invasions arabes, les tribus Magil, empruntant la voie présaharienne, passèrent en Mauritanie et donnèrent aux Maures la langue arabe et une culture supérieure à celle de beaucoup d’autres peuples islamisés.XVème siècle : Le long de la côte, les contacts avec les Européens sont amorcés par l’arrivée des Portugais, contre lesquels les marabouts mènent la résistance.
XVIIème et XVIIIème siècles : Les contacts se poursuivent par le commerce de la gomme avec les Français et les Hollandais.L’histoire de la colonisation est très discontinue.Faidherbe lutta contre les Trarza qui contrôlaient les escales du bas Sénégal et rançonnaient les traitants.
1858 : Faidherbe leur impose la souveraineté française.
De 1900 à 1904 : Les négociations avec l’Espagne précèdent la délimitation des frontières et le rattachement du territoire mauritanien à l’A.O.F.(Afrique Occidentale Française).
1908 : Le massif de l’Adrar, demeuré rebelle, est conquis par Gouraud .
28 novembre 1960 : La France proclame indépendante la République islamique de Mauritanie.Par son peuplement et son histoire, la Mauritanie peut apparaître comme une charnière entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche.
Mais les rapports ont parfois été tendus avec le Maroc : dès 1958, plus encore après l’indépendance mauritanienne en 1962. Puis, ils se sont améliorés.La Mauritanie a bénéficié des sympathies tunisiennes.
A l’intérieur, le gouvernement s’attache à une œuvre importante de réformes, sous la direction du président Moktar Ould Daddah et sous l’impulsion du Congrès du peuple mauritanien.
Eléments d’histoire régionale -L’histoire de la Mauritanie est à la fois très étudiée et très peu connue. Elle est très étudiée pour notamment deux raisons :
- C’est au long de l’histoire que se sont construites les dominations et les hiérarchies actuelles : les historiens et les anthropologues, qui cherchent à comprendre la genèse de faits contemporains à leurs études, se doivent d’y prêter une attention particulière.
- C’est principalement à l’aide de l’histoire que ces dominations et ces hiérarchies se justifient : les élites de la Mauritanie, qui cherchent à rendre leur position légitime, utilisent l’histoire dans ce but. Parfois, intentionnellement ou non, les anthropologues et/ou les historien-ne-s se révèlent de bon-ne-s allié-e-s pour parvenir à leur fin.
Elle est très peu connue pour d’autres raisons :
- Le manque de documents écrits antérieurs au XIXe s. (en arabe ou en français) constitue bien évidemment un handicap majeur dans le cadre de recherches historiques.
- La prudence méthodologique dont tout-e chercheur-e doit faire preuve lors de ses recherches est exacerbée dans le contexte régional qui nous concerne pour les raisons susmentionnées : tout savoir historique est par principe douteux, car susceptible de promouvoir certains groupes au détriment d’autres.
Parmi la pléthore d’études, on peut citer pour commencer des récits de voyageurs qui donnent (certains longuement, d’autres au détour d’une page) des visions intéressantes de l’ouest saharien : Ibn Khaldûn (1967), Ibn Battûta (1968) pour les voyageurs arabes traduits en français;
René Caillié (1965) comme précurseur francophone.Les études concernant le mouvement Almoravide abondent, et il suffit pour en trouver de chercher principalement dans le Journal of African History (Cambridge) ou de mettre son nez dans l’inépuisable Encyclopédie de l’Islam (Brill, dès 1960, 9 volumes parus à ce jour) pour trouver des pistes de recherches.
Concernant la conquête Arabe du Sahara Occidental, les travaux de Harry Thirlwall Norris (1986) font référence.
Charles Cameron Stewart (Stewart et Stewart, 1973) s’intéresse quant à lui aux relations entre les tribus arabes et les groupes zawayas à une période plus récente (XVIIIe-XIXe).
Durant la période coloniale, les principaux acteurs de la pénétration française en Mauritanie ont vu leurs notes, journaux, correspondance, etc. publiés. Ces textes (dont on peut citer Gillier, 1926; Coppolani et Désiré-Vuillemin, 1999; Frèrejean, 1995; Berthomé, 1996) s’ils sont intéressants d’un point de vue historique, ne sont pas dénués - pour certains - d’une finesse d’observation appréciable.
Cette période coloniale fut l’occasion de lancer des recherches scientifiques d’envergure (en géographie, botanique, biologie, zoologie, archéologie, ethnologie, histoire, etc.), chapeautées par l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN, qui devient suite aux indépendances l’Institut Fondamental d’Afrique Noire…).
Cet organe de recherche basé à Dakar publie dès 1939, sous l’impulsion de Théodore Monod notamment, son journal (le “Bulletin de l’IFAN”). C’est aujourd’hui encore une source d’informations dont nul chercheur ne peut se passer. Parmi les nombreux auteurs qui y publient des études sur la Mauritanie, on doit citer Albert Leriche (1901-1957) pour l’envergure et la précision de ses textes.
Dès la fin des années 70, Pierre Bonte et Abdel Wedoud Ould Cheikh publient des articles sur leurs recherches en cours.
Le premier s’intéresse principalement à l’émirat de l’Adrar, le second à l’importance historique de mouvements religieux (soufis) au sud du pays. Tous deux utilisent une approche historique et centrent leurs études (anthropologiques) sur l’émergence et la constitution du pouvoir politique.
On peut retrouver les études de Pierre Bonte sur l’Émirat de l’Adrar présentées de manière unifiée dans sa monumentale thèse d’État (Bonte, 1998) ainsi que dans de nombreux articles antérieurs et postérieurs. Il en est de même pour les travaux d’Abdel Wedoud Ould Cheikh (1985).
Finalement, les travaux de ces deux chercheurs ont influencé certains membres d’une nouvelle génération d’ethnologues qui utilisent, eux aussi, une approche anthropo-historique pour traiter d’aspects politiques en Mauritanie. Mariella Villasante-de Beauvais (1998), ainsi qu’Olivier Leservoisier (1994) peuvent être cités.
Sophie Caratini (1989a, 1989b) s’intéresse, pour sa part, à l’histoire d’une des grandes tribus du Nord du pays, dont les membres nomadisent pour certains dans les territoires de l’actuel Sahara Occidental.Cette liste ne peut se faire sans citer les travaux de Geneviève Désiré-Vuillemin (1962, 1997), obligation à laquelle je souscris à contrecoeur : cette auteure colonialiste, petite-fille d’un des brigadiers impliqués dans des mouvements de pénétration française, fait preuve d’un soutien malvenu envers cette période trouble de l’histoire de son pays.
Dans ses ouvrages, «les “bons” sont naturellement ceux qui sont du côté des troupes françaises, les conspirateurs et les “dissidents” ceux qui sont hostiles à la “pacification”» (Abdel Wedoud Ould Cheikh, cité in Villasante-de Beauvais, 1998, : 53, n. 62).
Hiérarchie, parenté, politique : le jeu segmentaire -
Les questions liées à l’organisation sociale et politique des sociétés nord-africaines, réputées sans État, constituent un des plus grands chapitres de l’anthropologie de cette région.
Lors de cette séance nous nous contenterons d’esquisser à grands traits les questions théoriques générales, pour nous concentrer sur le cas des Maures de Mauritanie.
Le court texte suggéré à la lecture pour cette séance (Ould Hamidoun, 1952, p. 37-49) nous fait entrer directement dans des discussions propres à cette région. Un premier constat s’impose : la notion de tribu semble être au coeur des débats. Pour lui donner un peu de profondeur, il faut se plonger dans l’excellent livre de Bonte et al. (1991), qui traite de cette notion dans le contexte arabe en général, mais donne moult exemples relatifs à notre région.
Le second constat auquel ce texte nous mène est l’importance des questions historiques dans la constitution des ordres contemporains : les hiérarchies d’aujourd’hui sont le produit de l’histoire du pays, et c’est ainsi également qu’elles sont justifiées.
Certaines discussions portent sur la date d’origine de ces ordres (pré- ou post-Sharbubba) : Ould Hamidoun (1952); Villasante-de Beauvais (1997); Leriche (1955); Norris (1986), entre autres, soulèvent ce problème.
D’autres questions relatives à la hiérarchie sont également discutées : celle de la bi-partition de la société maure ou de sa tri-partition ; celle de la clôture/fermeture des groupes tribaux.
Cette dernière reste étonnamment à l’ordre du jour et ce bien que, depuis de nombreuses années, les études régionales aient mis en évidence le dynamisme tribal et sa capacité à intégrer/exclure rapidement certains groupes.
Il est difficile de choisir des textes à citer, tant ils sont nombreux et diversifiés. Désirant offrir un panorama assez large de ces discussions, je vous propose comme textes généraux : Boubrik (1998); Hamès (1977); Bonte (1982); Bonte (1987); Hamès (1969). Les études régionales ou historiques traitant spécifiquement de ces questions sont, par exemple : Villasante-de Beauvais (1998); Stewart et Stewart (1973); Bonte (1998); Stewart (1972); Taylor (1995).Evans-Pritchard (1968), dans son grand classique, présente un groupe qui deviendra paradigmatique des sociétés segmentaires. Gellner (1969), quant à lui, transpose ce modèle aux sociétés nord-africaines.
Le cas maure soulève la question de la coexistence du système segmentaire, réputé égalitaire, et des fortes hiérarchies de rang et d’ordre. C’est une fois de plus Pierre Bonte qui met cette question au goût du jour dans de nombreux articles parmi lesquels on peut retenir : Bonte (1994, 1991a, 1991b).
Bibliographie
La question du traitement des catégories du féminin et du masculin chez les Maures a fait couler beaucoup d’encre depuis l’étonnement marqué par Ibn Battûta (1968, vol. 3, p. 402 sq.).
Elle constitue aujourd’hui, après les questions de parenté (avec qui elle partage bon nombre de problématiques), un des aspects les plus traités dans la littérature ethnologique.
Il faut sans doute commencer par citer les travaux de Odette de Puigaudeau, femme au parcours aussi admirable qu’inhabituel qui, dans les années 30, a traversé à plusieurs reprises le pays des Maures provoquant l’étonnement et la sympathie des personnes rencontrées.
Elle a publié plusieurs beaux textes de voyages (notamment De Puigaudeau, 1945, 1992, 1993) mais aussi un travail ethnologique complet agrémenté de dessins d’une qualité et d’une précision tout à fait exceptionnelles. En tant que femme militante elle porte un regard attentif au quotidien de ses consoeurs et nous livre un témoignage unique, qui n’est toutefois pas dénué d’imprécisions et d’erreurs qui rendent son utilisation complexe.
Sur la question du féminin, on peut consulter avantageusement : De Puigaudeau (1967, 1968, p. 414 sq., 1970, 1972).Plus récemment, une seconde auteure devient incontournable dans les questions de genre : Aline Tauzin, suite à un travail de terrain débuté à la fin des années 70, publie nombre de textes dont la précision ethnographique permet une utilisation multiple.
On doit peut-être à ses orientations interprétatives (basées sur la psychanalyse freudienne) ou à la spécificité régionale de son terrain (l’extrême-est mauritanien, à la frontière malienne) le manque relatif d’écho de ses travaux dans les textes de ses compères - que pour ma part je regrette.
On peut se faire une idée des thématiques variées de cette auteure avec les textes suivants : Tauzin (1984, 1986, 1988, 1998, 2001).Dans une optique plus structuraliste, les travaux de Pierre Bonte (1994a, 1991, 1994b, notamment) placent la question du féminin au coeur de la question des hiérarchies, une lecture féminine des généalogies permettant l’introduction de la distinction hiérarchique au sein des représentations agnatiques, segmentaires et égalitaires.
Depuis peu, Corinne Fortier (2001a,b) nous propose des textes sur la question, dans une optique également structuraliste et symbolique. Les représentations indigènes de la conception et du mariage sont mises en relation avec les textes et les prescriptions de l’islam malékite, ouvrant ainsi une porte au comparatisme dans différentes sociétés musulmanes.
Il faut finalement citer un texte que nous retrouverons dans une prochaine séance, mais qui fait la part belle à la question du féminin dans la lecture et l’interprétation de la servitude en contexte mauritanien : Ruf (1999).
Plaisanteries, devinettes, poésies : les joutes oratoires -
Les joutes oratoires discutées lors des deux séances du cours n’ont que rarement été étudiées dans une optique anthropologique. On trouve toutefois de nombreux textes qui recensent des corpus de poésies voire de devinettes, principalement appréhendées par des outils linguistiques. Les interactions ludiques quotidiennes (plaisanteries diverses) n’ont par contre jamais fait l’objet, à ma connaissance, d’études sérieuses et ce bien que l’on soit souvent pris dans des discussions déroutantes lors de séjours prolongés en milieux maures…
La plupart des textes étudient la poésie en arabe classique, qui n’a que peu retenu notre attention dans les séances de cours. L’étude historique la plus complète est peut-être celle de Mohamd el Moktâr Ould Bah (1971), très technique et compliquée, mais on peut citer l’étude d’un cas particulier effectuée par Louis Massignon (1909).
A propos de la poésie dialectale, il faut en premier lieu citer Harry Thirlwall Norris (1968), qui s’intéresse de manière approfondie aux questions historiques y relatives (origines et influences de la poésie maure). Catherine Taine-Cheikh (1998, notamment); Taine-Cheikh (1995), linguiste attitrée du hassaniyya, a elle aussi fournit un travail impressionnant de récolte de textes et d’analyse formelle, non sans s’essayer dans certains de ces textes (mais trop peu à mon goût) à des analyses de la parole “en contexte”. Finalement, Aline Tauzin (1982); Tauzin (1993); Tauzin (1998); Tauzin (2001, , par exemple) est à ma connaissance la seule ethnologue utilisant ce riche matériel pour développer différentes thématiques (principalement liées à la question du genre).
En se plongeant dans quelques revues classiques (Bulletin de l’IFAN,Notes africaines, Littérature orale arabo-berbère), on trouve des textes intéressants : celui d’Albert Leriche (1950), par exemple, fait aujourd’hui encore référence (bien que discuté par Taine-Cheikh, 1985). La présentation que donne Ahmed-Bâba Miské (1968) du fameux livre de Sidahmad w. Alamîn dédié à la poésie en arabe classique (Al-Wâsit) livre des éléments et des exemples passionnants de poésie dialectale.La revue Notre librairie (Paris) consacre un numéro double (120-121) en 1995 à la littérature mauritanienne, dont une grande partie traite de la poésie arabophone. Certaines contributions sont des traductions intéressantes d’auteurs maures.
Poésie dialectale et musique, réunies en un seul terme en hassaniyya, sont, de fait, inséparables. Le plus grand connaisseur de la musique est Michel Guignard (1975), qui a publié le seul livre sur le sujet connu de nos jours.Finalement, deux études qui traitent de la même thématique dans des régions différentes permettent la comparaison : celle de Lila Abu-Lughod (1986), premièrement, importante par son rôle fondateur de l’étude de la poésie dialectale arabe (ici, chez les bédouins d’Égypte) ; celle de Dominique Casajus (2000), ensuite, pour la finesse de son approche de la parole touarègue, qui rend aux acteurs leur formidable capacité à jouer des mots et de leurs sens multiples.
L’esclavage au coeur des débats : formes contemporaines de servitude -
La question de l’esclavagisme et des formes extrêmes de servitude en Mauritanie traverse les âges depuis la période coloniale. Elle est d’une actualité toute particulière en raison des enjeux politiques et idéologiques qu’elle sous-tend. Son étude met en évidence la difficulté du travail de recherche et d’écriture en anthropologie, dans la mesure où l’ethnologue, par la simple description (nécessairement orientée), prend position face à une question particulièrement délicate.
Sur la question de l’esclavagisme, le chercheur est, plus que d’habitude, susceptible d’être lu et ses textes pris en considération dans de multiples débats sans que garantie soit faite d’une interprétation proche de l’esprit de base.
Dans un récent numéro de l’Homme, Pierre Bonte (2002) rend compte de la parution de deux ouvrages récents sur la question (Villasante-de Beauvais, 2000; Ruf, 1999), fort différents dans les problèmes soulevés et dans leur forme (un recueil d’articles et une thèse retravaillée). L’actualité de la thématique se lit également au travers des contributions, nettement plus militantes, d’un numéro récent (2000) du Journal des africanistes (70, n°1-2) : celles de Boubacar Messaoud (2000) ou de El-Arby Ould Salek (2000) n’en sont pas pour autant dénuées d’intérêt.
La plupart des textes restituent la réalité de la servitude à l’aide d’une approche historique et/ou structuraliste, cherchant à redonner à ce fait social un contexte indispensable à l’appréhension raisonnée. Abdel Wedoud Ould Cheikh (1993), Pierre Bonte (1998), Olivier Leservoisier (2001); Leservoisier (2000) ou, dans des articles plus généraux, Charles C. Stewart (1972) et Raymond M. Taylor (1995) en sont quelques exemples (mais attention : le fait qu’ils soient cités à la suite n’indique pas forcément une unité d’argumentation et de raisonnement !).Finalement, Aline Tauzin (1989) publie quelques contes issus de la “littérature orale” qui donnent réalité à la question des « maîtres et esclaves ».
Nouakchott, émergence d’un nouveau monde -
C’est à la fin des années cinquante que, à l’occasion de l’Indépendance de la Mauritanie, le premier conseil élu du Gouvernement mauritanien décide de créer au lieu-dit “Nouakchott” la future capitale du pays. C’est à l’époque un ancien fort colonial entouré, bon an mal an, d’un demi millier d’habitants.
En 2000, la capitale regroupe environ 1 million de personnes, plus du tiers de la population du pays. Cette croissance aussi faramineuse qu’inattendue à entraîné l’adaptation de nombreuses pratiques aux contraintes de l’habitat urbain et de la vie citadine. La construction et l’agencement de la ville est également un objet d’étude fascinant tant, ici plus qu’ailleurs, les hiérarchies sociales se “lisent” dans la structure de la cité. Il est ainsi normal que la plupart des études aient été menées par des géographes : Jean-Robert Pitte (1977) nous offre un tableau intéressant des vingt premières années du développement de la ville ; plus récemment Anne-Marie Frérot et Sidi Abdallah Ould Mahboubi (1998) nous en donnent une vision plus sommaire mais plus actuelle, tandis que le livre de Raoul Caruba et Ould Sidaty (1997) fait une synthèse imagée quelque peu orientée (c’est un coup de pub pour le gouvernement en place). Les études ethnologiques sont à ma connaissance peu nombreuses, voire inconnues. Quelques textes seulement rendent compte de certaines pratiques urbaines, dont ceux de Tidiane Koita (1994), Zekeria Ould Ahmed Salem (2001) ou Francesca Marchi (1998).
Le livre édité par Anne-Marie Frérot (1998), quant à lui, réunit des contributions diverses de chercheurs français ou mauritaniens. D’une manière plus générale, il n’est pas rare dans les ethnographies “classiques” d’avoir des allusions aux changements de différentes pratiques en contexte urbain.
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