Gbagbo à la Haye : l’avenir de la Côte d’Ivoire est en jeu

14 03 2013

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“Je suis concitoyen de toute âme qui pense : La vérité, c’est mon pays.”

Lamartine

Sur son site, www.newsring.fr, Frédéric Taddeï appelle au jour une quête : « Gbagbo : la CPI, parodie de justice ? ». Cette formule, interrogative, suggère beaucoup. Et ce d’abord, parce qu’elle pro-voque. Écoutons le mot pro-vocation. Il signifie appel à sortir de soi. Mais chacun est libre de rejeter l’appel et ainsi de refuser de sortir-de-soi, en s’emmurant dans des certitudes. Alors, il ne médite pas. Ici, sortir-de-soi afin d’entrer dans la question, n’est possible pour autant qu’on répète les deux éléments de la pro-vocation. Le premier élément est « Gbagbo », le prisonnier. L’homme, aussi loin dans le temps que remonte notre mémoire, n’a jamais laissé indifférent, depuis sa jeunesse remuante jusqu’à sa détention à La Haye. Un parcours, en dents de scie. Le deuxième élément pro-vocant est l’idée même de « parodie », qui contredit la notion de justice dont elle est ici le prédicat. Ainsi, l’expression « parodie de justice » indique-t-elle une antinomie, qui ruine toute justice, au sens où la Justice marque la limite morale séparant ce qui est admis de ce qui ne l’est pas : « crime de guerre », « crime contre l’humanité », « co-auteur indirect ». La Justice est la « limite » de l’existence, sa borne, quand l’abri (habitat), le travail (production), la pensée (abstraction) et la mort (néant) en sont des fondamentaux. La Justice, c’est la Dikè des Grecs. De telle sorte que si la justice est parodique, elle n’est plus elle-même. Les deux termes, en effet, s’excluent. Quand l’un est vrai, il ruine l’autre. Cependant, les rassembler dans une seule expression, c’est accorder primauté à la « parodie » et, de facto, douter de la Justice. Ce faisant, ce serait supposer que la CPI ne serait composée que de parodistes. Si tel était le cas, alors la force et le règne du Droit s’effondrerait. La quête que pose Frédéric Taddeï est donc grave, même en sa formulation interrogative. Mais elle, dans la mesure où elle voudrait entendre les deux parties : pro-Ouattara et pro-Gbagbo. Les pro-Bédié ne semblent pas être directement concernés.

Nul ne peut fonder en raison une sortie-de-soi pour entrer dans la question posée, s’il n’éclaire pas au préalable ce qu’est une parodie. Nous tenons le vocable du grec parôdia, composé de para (pour) et odê (chant). Une parodie désigne une imitation burlesque. En l’occurrence, et dans sa formulation interrogative, la question pro-voque pour savoir si la justice de la CPI ne serait pas une injustice. Au sens où, dans sa forme, elle respecterait la forme (procédure et caractéristiques générales) d’un procès, mais sans égard à la vérité des faits et des intentions qui seule peut établir les responsabilités d’un prévenu. Une « parodie de justice » ou une justice de parodie est un procès qui, d’avance, a son « bouc-émissaire », pharmacon et pharmacos, comme disaient les Grecs anciens. S’agissant de « Gbagbo », Frédéric Taddeï voudrait donc savoir si la CPI n’entame pas une « ode », un « chant » dont l’air connu aurait d’avance désigné un coupable ? A propos de cette affaire, Jeune Afrique risque un titre : « Présumé coupable ». La titrologie, dont les Ivoiriens sont des spécialistes, rajoute à la suspicion. Mais deux autres faits peuvent être allégués, qui renforcent la thèse de l’éventuelle « parodie ». Analysons-les.

Tout d’abord, une prédiction. En 2002, onze ans avant la terrible crise postélectorale, le président Blaise Compaoré, ami politique puis adversaire acharné de Laurent Gbagbo, affirma avec une troublante assurance : Gbagbo finira au Tribunal Pénal International, comme Milosevic. Parole prémonitoire, qui peut être entendue par deux paires d’oreilles différentes. Selon la première paire, le jugement de Blaise Compaoré donne à penser qu’un plan de transfèrement à la Haye est prémédité de longue date, avec pour objectif un bannissement politique ou un éloignement. C’est la thèse du complot qui explique et conforte celle de la « parodie ». D’après la deuxième paire d’oreilles, l’appréciation du « beau Blaise » ne serait qu’une juste anticipation sur le cours ou la mécanique des événements. C’est la thèse de la prophétie, aussi répandue que celle du complot.

Ensuite, une condamnation anticipée. En effet, dans un texte récent, alors que la procédure n’en est qu’au stade de la confirmation ou non des charges contre Laurent Gbagbo, le professeur d’anthropologie Jean-Pierre Dozon recommande à la Cour pénale internationale de rendre un verdict de condamnation. Jean-Pierre Dozon est comme le journal Le Monde, il paraît toujours avec un jour d’avance. Il est déjà dans le procès, alors que celui-ci n’a pas encore débuté. Relisons ce qu’il en dit :

            Hypothèse, Gbagbo est libéré, il retourne donc au pays. Pour son camp, c’est une victoire totale et même un retour à la case départ. Car, beaucoup le considéreront comme le Président ! Le foutoir total, les conséquences pires que si Gbagbo est finalement condamné. Il sera considéré comme un héros, un vainqueur et un président ; le pays, lui, deviendra ingouvernable.

            Voilà pourquoi Gbagbo doit être condamné…[1]

Si l’on en croit l’éminent professeur, Gbagbo ne devrait pas être condamné pour crimes, mais pour « raison d’état », c’est-à-dire pour cause de stabilité politique et financière de la Côte d’Ivoire, ce qui n’est pas un motif juridique ni de droit pénal. Quelle belle idiotie ! Il reste tout de même étonnant qu’un si grand professeur écrive de tels propos, qui sont hors de tout bon sens et tendent jeter un sérieux discrédit sur une institution aussi remarquable que la CPI. En outre, il commet une lourde faute d’appréciation et dévoile une étrange conception de la séparation des pouvoirs, car il remet en cause l’autonomie du « pouvoir judiciaire ». Le professeur ne semble pas avoir lu Montesquieu et encore moins Mably. Par ailleurs, il innove, en matière institutionnelle. Car, si jusqu’ici l’on a vu des pouvoirs politiques fouler au pied la séparation des pouvoirs et dicter des verdicts à la Justice, jamais de mémoire de républicain et de démocrate, nous n’avions vu l’université le faire. C’est une première dans les annales de l’histoire judiciaire et politique.

Au fond, Jean-Pierre Dozon croit affaiblir Gbagbo, en prônant comme argument premier principal la stabilité politique d’un pays, ce qui n’entre pas dans le champ des compétences de la CPI. En fait, il renforce les tenants de l’hypothèse contraire selon laquelle il ne s’agirait de rien de plus qu’une « parodie de justice », autrement dit d’un procès politique qui n’ose pas dire son nom. Il n’est pas besoin d’être grand clerc, pour s’apercevoir des fadaises de Jean-Pierre Dozon qui jettent un doute sur l’indépendance et l’impartialité la CPI.

Après avoir retenu et analyser, de façon brève, deux points de vue relatifs au prédictible procès (Blaise Compaoré) et à l’indispensable condamnation de Laurent Gbagbo par la CPI (Jean-Pierre Dozon), portons attention à l’idée selon laquelle la CPI n’est pas une instance neutre. Sur cette partialité, mille opinions se sont exprimées. Nous n’en retiendrons qu’une seule, parce qu’elle est à la fois une synthèse, la formulation la plus complète et la mieux argumentée. Elle est exprimée par Ahmed Ibrahim El-Tahir, président de l’Assemblée nationale du Soudan, lors d’une interview : nous, le Soudan, dit-il, ne sommes pas membre de la CPI et nous rejetons toutes les procédures de la CPI […] parce que la CPI n’est pas une cour de justice […] Une cour de justice doit être indépendante, rationnelle et impartiale. Mais la CPI est sous la dépendance du Conseil de sécurité des Nations Unies. En outre, la CPI a convenu avec l’Union européenne de garantir l’immunité de poursuite aux citoyens européens[2].

Il formule d’autres réserves : La CPI n’est pas une cour officielle ; elle n’appartient pas au système des Nations Unies. […]

La CPI ne peut pas être qualifiée de cour « internationale » […] Il ne devrait pas y avoir de lien de dépendance de la CPI par rapport au Conseil de sécurité de l’ONU puisque ce Conseil est un organe politique.[3]

Le lecteur l’aura compris, Ahmed Ibrahim El-Tahir concentre sa critique sur le « statut » même de la CPI, à l’aide quatre arguments : elle n’est pas une cour de justice, encore moins une cour officielle, surtout pas une cour internationale et elle est sous dépendance politique. Il en déduit que le fonctionnement de la CPI ne se fonde pas sur le droit qu’elle est pourtant censée appliquer. Somme toute, la CPI est une aporie, une contradiction insurmontable entre, d’un côté, le principe juridique qui la fonde, et, d’un autre côté, son statut et son fonctionnement. Hegel eût fait un festin de telles contradictions. La CPI, in fine, ne serait qu’un outil supplémentaire au service des Puissants.

Après avoir passé au tour les points de vue des deux camps, et sans aller plus avant, force est de constater qu’ils ne sont opposés qu’en apparence, et pas sur le fond. En effet, Jean-Pierre Dozon et Ahmed Ibrahim El-Tahir s’accordent au moins sur un point : la CPI n’est pas une institution indépendante. Le premier, à ce titre, suggère à la CPI de ne pas respecter les règles et la procédure du droit. Le second, lui, estime que la CPI ne peut respecter les règles et la procédure du droit. Ces deux points de vue décrédibilise la CPI.

La thèse de la « parodie de justice » l’emporte donc. Elle est dominante. Et pourtant, il y a eu plus de cinq mille (5.000) morts en Côte d’Ivoire, le droit doit être rendu : équilibre des parties, présomption d’innocence et recherche de la vérité. Comme l’a dit un jour Lamartine, ce réel ami des Noirs : Je suis concitoyen de toute âme qui pense : La vérité, c’est mon pays.

Dans une procédure de confirmation ou non des charges, peut-être est-il instructif de rappeler ce mot si apaisant d’Andromaque :

                                                                       Voici la règle que je loue et que je me prescris :

                                                                       Ni dans ma cité ni dans mon ménage,

                                                                       Nul pouvoir où ne soit le droit[4].

Ainsi, aussi dures qu’en soit les conditions, être en prison comme l’est Laurent Gbagbo n’est pas une infamie. Lui, qui a souvent séjourné en prison pour des raisons politiques, semble l’avoir admis. Il lui arrive d’en plaisanter. Un jour, mon père dit à ma sœur Marie-Françoise : La prison n’est pas faite pour les chiens. Et il n’avait pas tort. Car la nature n’offre aucun spectacle de prison. Hegel dit autrement cette haute vérité dans sa Philosophie du droit : Seul peut être contraint à quelque chose celui qui veut se laisser contraindre[5].

Au terme de cette première partie de notre article, nous voudrions rappeler deux vérités : le Droit est une conquête. Et nous devons postuler, contre Jean-Pierre Dozon et Ahmed Ibrahim El-Tahir, que la Cour pénale internationale est libre et, de droit, rendra librement sa décision. La  CPI ne saurait être réduite à l’activité d’une procureure qui, de surcroit, n’a manifestement pas bien préparé son dossier.

Nous devons, dans le prolongement de cette idée, atténuer les alarmes du brillant maître Emmanuel Altit, avocat de Laurent Gbagbo, et selon lesquelles, dans cette procédure, c’est l’avenir de la Côte d’Ivoire qui est en jeu[6]. Bien étrangement, maître Altit use du même type d’argumentaire que Jean-Pierre Dozon : la dramatisation certaine qui résulterait du verdict, s’il était défavorable à son client. Ce sont des faux contraires, ou pour parler comme Hegel, c’est l’unité des contraires. Mais avec à la différence près, que pour Jean-Pierre Dozon, de la libération de Laurent Gbagbo il résulterait un effroyable chaos.

Dussions-nous le rappeler, la CPI n’a été instituée que pour rendre le droit et la justice, et rien d’autre. L’unité nationale ivoirienne ne dépend pas d’elle, mais « uniquement » des Ivoiriens[7], notamment de sa classe politique, lorsque celle-ci se décidera à devenir intelligente. La Cour pénale internationale n’est pas habilitée à faire de la politologie. Elle n’a pas vocation à devenir une institution ivoirienne, qui serait - et on le comprendrait alors - dans la recherche d’un consensus national. Le droit ne peut dépendre des « circonstances », aussi difficiles et pénibles soit-elles. Sinon, elle serait tout, sauf un corps de principe et une procédure.

Deux autres articles suivront. Le prochain constituera le second volet de nos réflexions, dans lequel nous étudierons l’actuel contexte politique ivoirien, pour montrer en quoi il revient aux Ivoiriens d’aimer leur pays-État, sans tenir compte de la Cour pénale Internationale.

Un dernier article, le troisième et dernier, sera consacré à quelques propositions pour aider le « beau pays » à sortir de sa crise postélectorale.

Pierre Franklin Tavares

Épinay, le 9 mars 2013

[1] Jean-Pierre Dozon, Côte d’Ivoire : la réconciliation n’est pas pour demain, www.newsring.fr, 4 mars 2013.

[2] Ahmed Ibrahim El-Tahir, La CPI est sous dépendance du Conseil de sécurité des Nations Unies, Hommes d’Afrique Magazine, N° 49, janvier 2013, p. 12.

[3] Ahmed Ibrahim El-Tahir, Ibid.

[4] Euripide, Andromaque, in Tragédies complètes I, édition et notes de Marie Delcourt-Curvers, Gallimard, folio classique, Paris, 1962, p. 376.

[5] Hegel, Principes de la philosophie du droit, ou Droit naturel et Science de l’État en abrégé, Vrin, Paris, 1982, § 91, p. 138. Nous recommandons la lecture du chapitre Contrainte et crime, § 90 au § 103, pages 137 à 146.

[6] Emmanuel Altit, Affaire Gbagbo : c’est l’avenir de la Côte d’Ivoire qui est en jeu, http://www.lepoint.fr/monde/proces-gbagbo-c-est-l-avenir-de-la-cote-d-ivoire-qui-est-en-jeu-08-03-2013-1637761_24.php

[7] Sur cette question, lire P. F. Tavares, Côte d’Ivoire : Consensus national ou Réconciliation nationale ?, mise en ligne par www.ubiznews.com et www.africa-libre.com



Pour sortir de l’impasse Partie 1

13 03 2013

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Par Brahim Ould Abdallahi

L’homme, même dans les phases primitives de son évolution, avait toujours eu en lui, le ‘’germe’’ social qui, – ne serait – ce qu’à partir de la première cellule, la famille, le conduisait à s’organiser en groupes, clans, tribus, sociétés, etc…

Cette inclination à se gérer pour mieux se nourrir et se défendre, introduit un système d’organisation sociale où les membres des structures mises en place pour ces desseins se répartissent les tâches, de façon pyramidale dans laquelle le chef assisté des hommes les plus vaillants du groupe, pourvoit aux besoins de l’ensemble ainsi constitué.

Les décisions prises individuellement ou de manière collective sont reçues ou contestées suivant les codes que se donnent et respectent les éléments de ces ensembles.

Six siècles avant le Prophète Issa, les grecs, plus évolués du genre dans le monde connu à l’époque, ont inventé pour gérer les affaires de leur cité, la démocratie dont l’avènement marquait le premier pas effectué dans le sens du refus du pouvoir d’un ‘’seul contre tous’’. Même si par ailleurs, elle ne concernait qu’une oligarchie élargie d’hommes libres par opposition à la plèbe, aux esclaves , aux galériens et autres étrangers qui n’avaient pas accès aux bienfaits de ce système, la ‘’Demos kratein’’ Athénienne permettait aux ‘’citoyens’’ au cours de longues joutes et palabres de participer à la prise de décisions touchant à leur vie pour un mieux-être auquel l’homme a aspiré de tout temps.

Les prophètes, les sages et les philosophes avaient et continuaient à théoriser ce bonheur espéré, préparant les esprits et les âmes à cet appel d’humanisation et de sociabilisation de l’homme dans sa conduite, ses comportements et son commerce intelligent avec autrui.

Forts de ce legs et en ce qui nous concerne en particulier, renforcés dans cette aspiration par l’apport indéniable de la ‘’démocratie chouratique’’ de l’Islam dans son âge d’or qui ne faisait prendre par le chef de la ‘’Umma’’ aucune décision sans consulter ‘’ceux qui pourraient dénouer les problèmes’’, nous avons à notre tour connu tout au long de notre histoire, des formes d’organisation qui s’apparentaient à ces différents systèmes. Le plus marquant était celui de la ‘’DJEMAA’’, cette assemblée de notables, cooptés pour leur droiture, leur sagesse et la poigne que leur conférait le poids de leur tribu ou clan par leurs hauts faits de guerre et/ou leur générosité innée ou atavique, mais jamais intéressée.

La colonisation, ayant charrié avec elle, la destruction de nos sociétés, nous a plongés par un saut dans l’inconnu dans un monde totalement nouveau. Passés les moments traumatiques que ce grand bouleversement  a occasionné, nous nous sommes insérés sans autre choix possible, dans le moule du monde moderne sans y être préparés ; qui plus est par des nations qui avaient connu et vivent depuis deux siècles au moins, ces types d’organisation auxquels sur le tard on nous conviait.

Après la phase des indépendances octroyées, la gestion néo-colonialiste de nos affaires au lieu d’arranger celles-ci, a, plutôt ouvert la voie à l’émergence de partis uniques conçus pour servir de creuset où doivent venir s’enterrer toutes les velléités d’une vie participative pour la construction de pays parfois exsangues ou totalement démunis.. Cela même quand ces pays, comme le nôtre, avaient connu auparavant et sous le contrôle vigilant de la puissance occupante, une vie démocratique, à leur mesure, où des partis existaient, des représentants sont élus et une presse indépendante informait ceux qui savaient déjà lire sur les événements qui s’y déroulaient.

L’air de ce mauvais temps s’y prêtait, nous dira-t-on. Mais là résidait la genèse de la contre-culture démocratique et c’est là où les contempteurs de ce système puisaient leurs arguments fallacieux pour justifier leur refus d’ouverture.

Au nom d’une batterie de soucis grossis par les besoins de la mauvaise cause, ils arguaient tantôt de la fragilité de notre unité que feraient éclater les tiraillements des partis, de la quasi inexistence de l’Etat ou même de tradition en la matière… et nous en passons des plus saugrenues de ces idées ‘démocraticides’.

Il est tout de même déplorable à ce propos que les puissances qui nous ont colonisés n’avaient pas apporté avec elles, ce ‘’moins mauvais des systèmes’’ qu’est la démocratie ; et à nous la charge  de contribuer à son perfectionnement afin qu’il puisse devenir, ainsi revu en permanence et corrigé, le meilleur des systèmes et non l’absolu d’un moment qui, très vite sera relativisé.

Sitôt la décennie des indépendances et celle de l’effervescence révolutionnaire qui l’a suivie, terminées, on nous commanda d’adopter, sans ménagement ni aménagement adéquat, la transparence dans la gestion des affaires publiques et privées, la démocratie. Tournant casaque, à l’issue du sommet franco-africain de La Baule, nos dictateurs devenus par une opération du Saint-Esprit des démocrates, organisèrent illico presto des élections locales, nationales et présidentielles mêmes, qui n’en avaient que le nom exit la forme et le contenu. Une mascarade qui sans gêne disait bien son nom… Mais elle avait cet avantage en ce qu’elle confortait la position de nos censeurs et assurait à nos dirigeants par cette mue reptilienne, la pérennisation de leur pouvoir.

On a pu alors assister, subjugués d’un côté par  la magie du mot démocratie et déçus de l’autre par l’usage qu’on en faisait, à une farce politique dont les acteurs avaient agi dans l’oubli ou l’indifférence coupable face aux progrès accomplis en parallèle dans les domaines de la communication, de la scolarisation, du savoir et de la mondialisation, tous vecteurs d’un éveil croissant par l’échange, par l’avancée de la prise de conscience des hommes et des femmes qui peuplent la planète de leurs droits et des devoirs qui rendent ces droits exigibles.

Nos censeurs-inspirateurs externes et nos dirigeants-dictateurs internes ont mis, intentionnellement – ce qui est plausible pour les uns – ou par ignorance - ce qui l’est encore plus pour les autres – par ces édifices pseudo-démocratiques mal bâtis, nos pays au bord du précipice. Sans ancrage au sein des populations dépourvues de culture démocratique, et pilotés par des timoniers que le souci de ne pas ‘’perdre le Nord’’ empêchait de regarder dans les autres directions, ces échafaudages n’ont fait que réveiller les démons tout juste assoupis du tribalisme, du clanisme, du népotisme, du clientélisme, de la corruption, du racisme et du chauvinisme.

Dans le cas de la Mauritanie, où les premières années indépendance ont quasiment gommé une part importante de ces tares, un retour en force à ces repères d’un autre temps, notamment le tribalisme et le racisme, a été constaté même avant la Baule quand des pas timides vers une démocratisation locale par les élections municipales ont été tentés.

Cette démocratisation succédait à un succédané du parti unique sous forme de ‘’Structures d’Education des Masses’’ dont la pratique et les effets ont constitué le socle d’une gendarmisation de la société où tout le monde s’épiait et vouait sa foi et son admiration à un chef unique.

On vivait déjà il est vrai sous le règne du second palier de l’interminable escalier du système militaire qui nous régit depuis juillet 1978 !

Les militaires, n’ayant  pas d’assise populaire autre que la

famille et la tribu qui, même si elles vous ignoraient auparavant, se révèlent plus proches dès votre avènement au pouvoir, ont, - ne serait ce que par leur premier acte qui a, consisté à ramener les appellations ancestrales de nos régions - donné le ‘’la’’ pour une résurgence tous azimuts du régionalisme et du tribalisme. Et l’on a vu, de nos yeux vu, les notables tribaux, les chefferies jadis enterrées se donner à cœur joie à ce jeu nouveau, la démocratie qui leur accordera, si leurs  anciens obligés sont au rendez-vous, une seconde vie pour qu’en leur nom comme au bon vieux temps de la coloniale, du makhzen, profiter des subsides et prébendes généreusement (hier) et parcimonieusement (aujourd’hui) distribués par l’Etat-providence devenu entre temps… l’homme providentiel. Celui-là sa famille, sa tribu et ses affidés qui comptent bien des alliés dans les autres groupements comme par le passé, incarne l’Etat dont il use sans contrôle des biens pour l’usage qu’il voudrait souverainement en faire.

Tous se ligueront, conjugueront leurs efforts pour ourdir par sa récupération, un vaste complot contre la démocratie. En en confondant les étapes, d’abord. Ainsi un processus de démocratisation à peine ou avant même d’être conçu ou entamé se dénommera déjà démocratie, nichant ipso facto le ver dans le fruit même pas germé encore. Et c’est ainsi, qu’une fois mis sur pied le parti que, dans la hâte, le potentat du moment a créé pour canaliser ces énergies gagnées à bas prix et qui est en fait le reflet de l’omnipotence de sa tribu de sang et d’intérêts, on s’employa par cet assemblage d’ingrédients antinomiques avec la démocratie, à tuer dans l’œuf cette gestation qui n’arrivera jamais à terme. Le parti du pouvoir qui est en fait celui de la tribu dont le président-dictateur est le chef s’acharneront contre les autres, perçus comme étant des tribus concurrentes que l’on se donne pour devoir d’écraser.

Pour cela, après avoir usé de toutes les méthodes d’intimidation, policières et pseudo-juridiques, on les étouffe financièrement pour démontrer que ce sont de mauvais exemples à suivre. De leurs rangs pourraient en effet surgir un jour, des groupes baignant dans la culture ambiante, dans le monde qui nous entoure et, ayant une vision claire du devenir de la nation, enclencher un processus irréversible de remise en cause de cette primauté et ces privilèges que rien sauf la force des armes, l’absence de tout contrôle ou l’abus d’exploitation de l’ignorance des peuples, ne peut justifier.

Comparées au parti unique qui, à des moments et sous certaines conditions, peut être amené à tolérer l’existence de courants divers de pensée en son sein, les entités pseudo-démocratiques des régimes militaires sont exclusivistes et excluantes de tous ceux, hommes ou opinions que n’agrée pas le pouvoir autoritaire qu’ils ont installé. Ici, tout se ramène à un homme. Un seul, qui prend en otage tout un pays. Au nom d’un pouvoir qu’il a pris par le bout du fusil, et qu’il continue d’exercer avec les mêmes méthodes iniques par le trou des urnes bourrées à l’occasion, il devient la source de la puissance des siens, nouveaux et anciens, l’unique détenteur des biens publics, de la vie de ceux qui trépassent et de celle de ceux qui échappent à son courroux mortel.

Si un tel homme est, comme c’est le cas très souvent, incompétent pour diriger un Etat moderne, les ravages qu’il peut causer sont incommensurables. Ils vont de la légitimation par des élections truquées quand des impératifs de démocratisation lui sont imposés, jusqu’à la mise sur pied d’une véritable association de malfaiteurs qui s’activera en ordre groupé, à se partager les ressources de tout un peuple terrorisé par un usurpateur dont les actes mêmes les plus répréhensibles ont acquis force de loi.

Fort de ce qu’il se croit légitime, il se donnera pour tâche première l’impérieux devoir d’éliminer toute opposition à son régime. La situation ainsi créée le rendra invulnérable car il ne peut plus être délogé que par un coup d’Etat militaire qu’il prendra soin de conjurer en verrouillant par tous les moyens toutes les issues qui pourraient le rendre possible.

L’acte deux dans cette démarche l’orientera vers l’embobinage de l’occident qui, s’il n’avait pas été au départ mis à contribution pour son avènement, capitulera devant le fait accompli et se résignera à succomber à la magie des mots ‘’démocratie, pluralisme, liberté de presse’’. Et plus le temps passe, la dictatorisation du pouvoir s’accélère et l’usage de la force s’impose comme outil de garantie du maintien du ‘’démoctateur’’ au pouvoir. Les peuples, mêmes les plus pacifistes parmi eux, arrivant très vite au point terminal de leur capacité de patience, et la violence qu’ils subissent devenant insupportable, ils se rebellent en jonchant leur parcours de vies humaines, de déchirements, de traumatismes et de dégâts matériels dont l’unique responsable est la folie meurtrière d’un homme, d’un seul, auquel le pouvoir et ses privilèges désuets ont fait perdre l’âme, l’esprit et le cœur.

Quand, voyant leurs intérêts de groupement corporatiste pour la prise du pouvoir, menacés par cette révolte, d’autres militaires saisissent l’opportunité ainsi offerte et, dans un moment de cet éternel recommencement font redémarrer le cercle vicieux des coups d’Etat, compromettant à nouveau toute velléité de changement dans nos contrées.

Chemin faisant, ce type de régime aura aménagé, par son recours à la violence et l’injustice qu’il fait régner, le terrain propice à l’éclosion du terrorisme. Ce fléau n’est en fait lui aussi qu’un coup d’Etat civil… auquel la paupérisation des populations, l’arbitraire et l’absence de perspectives d’avenir, ont ouvert la voie pour sévir à son tour.

Très tôt, pour s’auto-financer, le terrorisme enfantera les trafics en tous genres, particulièrement celui de la drogue et ciblera pour grossir ses hordes armées les éléments de la jeunesse en panne d’idéal et désœuvrée.

Une telle succession de soubresauts nous éloigne encore plus de la démocratie ! Le tout-sécuritaire sciemment et cyniquement érigé en système de gestion des affaires publiques, prend alors le pas sur la démocratisation tant espérée, réduisant l’occident à une attitude formaliste se contentant de l’étroite marge de manœuvre à lui concédée pour sauvegarder ses seuls intérêts.

Ignorant nos réalités et paniqués par la nébuleuse terroriste très souvent liée en sous-mains aux régimes qu’ils protègent, les pays occidentaux s’en tiennent aux effets ainsi produits et délaissent les causes qui les ont engendrés. Ils poursuivent avec acharnement la trajectoire de la pierre laissant courir celui qui l’a projetée !

Cette attitude fait précisément le lit du terrorisme. Elle apporte l’eau à son moulin… à vent, que dessécherait définitivement l’élaboration d’une stratégie visant à faire disparaître les causes de son fleurissement, consécutives à la misère dans laquelle à force d’injustice et de pillage des richesses, les potentats qu’ils soutiennent soumettent leurs peuples au vu et au su de toute la planète.

En brandissant l’étendard de l’Islam utilisé tout juste comme slogan protecteur, les terroristes, en poussant vers cette collusion entre l’occident et les dictatures ont réussi à faire passer les pays de tradition judéo-chretienne pour des Etats et des peuples islamophobes qui fournissent et fourbissent leurs armes pour le clash des civilisations qui déclencherait cette guerre d’’’Armagedon’’ que des oiseaux de mauvais augure, les ‘’néo-conservateurs’’ en Amérique annoncent pour demain.

Ceci au moment où une interaction dynamique avec l’Islam, précisément dans ces aspects de démocratisation, pouvaient et peuvent encore constituer une base de rencontre et une abondante source d’enrichissement réciproque que les extrémistes des deux bords voudraient tarir.

Les effets pervers de ces démocraties mal tropicalisées ne s’arrêtent pas là. Cette falsification historique a eu, par ailleurs, une influence néfaste sur les mentalités des hommes et des femmes dans nos cités. Elle a engendré des attitudes morbides, installant, peut-être à tout jamais dans nos esprits une ambivalence dans les postures et les jugements qui fait que le citoyen qui soutient le président et son parti peut se soustraire par là-même à toute décision de justice. Aucun juge, aussi téméraire fût-il ne saurait se mettre à dos le délinquant ainsi couvert. Cette impunité provient du simple fait qu’apparenté au pouvoir du moment, ce sinistre personnage croit dur comme fer, que ses droits sont précisément tout ce à quoi il n’a pas droit ; et il ne se fait point prier pour en jouir à outrance.

A l’opposé de celui-ci, le citoyen dont la conscience encore vivace lui a dicté de se placer du mauvais côté, c’est-à-dire dans l’opposition, demeurera un défouloir opportun pour les juges et la justice frustrés qui l’attendront toujours au virage.

Si l’un peut se soustraire à ses obligations parce qu’il est ‘’le bon électeur’’ du ‘’bon candidat’’, l’autre par contre a l’insigne obligation de les remplir faute de quoi il se verrait, surtout s’il évolue dans le monde des affaires, frappé de façon foudroyante et régulière de fortes impositions et surtaxes parfois créées uniquement pour l’occasion.

Les déficits budgétaires et le manque à gagner occasionnés par le non-paiement par les ‘’bons électeurs’’ de leurs obligations seront comblés par l’appauvrissement programmé du ‘’mauvais électeur’’ qui aura fait le ‘’mauvais choix’’ en rejoignant l’opposition.

La corruption et le détournement des deniers publics hier stigmatisés dans les repères moraux et culturels de nos peuples, deviennent sous ces ‘’dictatures démocratiques’’ un faire-valoir, qui vous confère un statut et une stature sociale auxquels rien dans le parcours de votre vie ne vous y préparait.

Les gabegistes de tout poil engraissés par ces pratiques condamnables s’y livrent sans la moindre retenue parce que l’amalgame est tel que la nouvelle mentalité façonnée par ces régimes klépto-médiocrates considère que le détournement de nos deniers, quand il est commis pour la ‘’bonne cause’’, cesse d’être considéré comme un crime ou même comme un simple délit.

Cet acte abominable est aussi toléré et même encouragé parce qu’il constitue la première concentration du capital devant servir de financement de l’achat des voix pour les échéances électorales à venir.

Dans ce schéma sinistre, les campagnes électorales deviennent alors des sources de revenus assurées et garanties pour les applaudisseurs, les mouchards, les incompétents qui occupent les administrations où la capacité technique n’est plus de mise. Seule, comptera désormais l’allégeance au président et son parti, qui récoltent les dividendes du long conditionnement des âmes et des esprits avec le bâton de la terreur et la carotte de l’argent du peuple abusé, spolié et meurtri.

L’impact négatif de ces pratiques sur l’économie libérale de laquelle les dictateurs néo-démocrates se réclament, assombrit davantage les perspectives. Il n’est plus question dans l’organisation de la libre entreprise d’appliquer les règles de la concurrence, de la compétitivité qui doivent en principe déterminer les gagnants et les perdants dans l’attribution des marchés !

Dorénavant, la proximité ou non du pouvoir, vous fera, seule, bénéficier ou perdre les marchés publics et les financements sélectifs de projets qui viendront enrichir davantage les soutiens politiques du pouvoir.

L’on ne peut plus s’étonner dès lors du retour en force du tribalisme, du népotisme pratiqués avec zèle au niveau suprême de l’Etat qui, non content d’avoir suffisamment introduit ces dysfonctionnements mortifères dans la vie de son peuple, se met, selon les cas, à instrumentaliser les différences culturelles qui pèsent lourds dans la balance électorale.

Par ces désarticulations, que l’occident, ayant d’autres chats à fouetter laisse gangréner nos sociétés, le dictateur, exporte ses méthodes par contagion aux voisins où se multiplieront les coups de force avec leurs corollaires en s’inspirant du modèle pervers mais adulé qu’ils ont vu prospérer dans l’impunité la plus totale.

Sur ce chapitre de la démocratie, nos sociétés sont réellement mal parties… En confondant démocratisation et démocratie qui devait être l’aboutissement à parfaire au fur et à mesure, d’un processus qui commence, pour mieux finir, par une patiente propagation de la culture démocratique.

En allant vite en besogne, nous avons bâti ici et là dans nos contrées des châteaux de cartes, que le moindre souffle menace de faire écrouler. Il a été ainsi du Mali où il a suffi d’une mutinerie dans une garnison pour faire échouer une expérience de deux décennies et quatre mandats électoraux alternatifs !

AU Sénégal, l’ultra libéral Abdoulaye Wade a failli par son entêtement à briguer un troisième mandat anticonstitutionnel, rayer son pays de la courte liste des Etats-références des pays démocratiques du continent.

Il a été ainsi dans ces expériences parce que, à aucun moment, nous n’avons tenu compte de l’inaltérable principe que les commencements déterminent les aboutissements et qu’on ne peut enfouir dans les sillons des graines d’oranger pour voir surgir des pousses de palmiers !

La comédie politique présentée sous le label de la démocratie par des dictatures conscientes de leur forfaiture a, tout le long de ses déambulations servi, tour à tour, de cache-pudeur pour ces régimes aux antipodes de ses principes et de coupe-faim pour les appétits de liberté, d’égalité et de justice des peuples qui en ignorent les bases les plus élémentaires.

Ceci a été rendu possible, uniquement par le simple fait que le système labellisé démocratique, a été décrété sous les tropiques comme on édicterait par exemple une loi pour l’organisation d’élections ou une quelconque manifestation qui ne requerrait pas un temps obligatoire de réflexion et de préparation.

Cela étant, la démocratie a été comprise, sur un substrat féodalo-néo-colonialiste qui était la marque prégnante de nos sociétés, comme l’expression d’une compétition nationale pour le choix d’un chef de tribu, de clan ou de village.

Depuis lors, la démocratie ainsi présentée et ainsi admise a produit un double effet négatif en démobilisant d’une part, les populations qui, une fois accompli le devoir de vote, ferment la parenthèse démocratique, et d’autre part en mystifiant tout le monde en nous faisant croire qu’il y avait du nouveau sous le soleil. Pendant ce temps, les mentalités et les pratiques des hommes au pouvoir ou dans la rue étaient restées identiques, sans changement porteur d’espoir pour des lendemains meilleurs.

Les choses resteront, en l’état, aussi longtemps que l’on ne nous aura pas présenté la démocratie sous la forme d’un processus de démocratisation dont les élections ne constitueront qu’une première étape qu’il faudrait impérativement prendre le temps de bien franchir.

S’obstiner à brûler cette phase de démocratisation c’est ignorer ou feindre de ne pas savoir que la démocratie comme envisagée par les initiateurs étrangers et les déformateurs locaux s’adresse à une société encore archaïque qui a ses codes et ses normes propres et qui est encore influencée par la culture coloniale de soumission au chef que l’on n’aimait pas toujours. Une telle attitude pousse ces populations à donner des gages apparents d’obéissance, tout en usant de mille stratagèmes pour contourner les ordres.

Les élections que l’on organise chez nous ont, pour ces populations un caractère ludique où l’on s’occupe, le temps d’un scrutin, laissant la politique stricto sensu à ceux dont c’est l’affaire… aux chefs qui croient ‘’mener’’ la barque alors qu’ils sont menés en bateau.

Dans ce jeu feutré de cache-cache, la démocratie déjà mal accueillie parce que non comprise, se perd comme notion et comme exercice entre des dictateurs acharnés à la dévoyer et des populations maintenues dans l’ignorance de sa portée. Si la démocratie a été semée sur nos terres, le terrain qui doit voir fleurir ses bourgeons premiers est resté en jachère !

Cette démocratie, octroyée comme nos indépendances, portait déjà en elle les germes d’un échec inéluctable. En confiant sa mise en œuvre à des régimes militaires issus de putschs contre les premiers gouvernements civils de leurs pays, on ne pouvait en attendre autre chose qu’une conspiration légalisée pour réduire la démocratie à des formalités à remplir et à un tremplin vers l’occident duquel on attendrait et obtiendrait la bénédiction. Le peuple, lui, calfeutré dans son ignorance continue de restreindre la démocratie aux seules élections.

Les néo-démocrates bien installés à présent, mettent à profit l’état de grâce permanent dont ils bénéficient pour fomenter des coups d’Etat contre la démocratie en la défigurant, en la galvaudant et à en détournant tous ceux qui y croient encore.

L’injonction de la Baule, venue peu de temps avant le changement de majorité en France, même édictée à bon escient ne pouvait tenir ses promesses. Très vite, la droite, généralement très   peu engagée dans la démocratisation du continent, a mis en veilleuse cette exigence Mitterrandienne et répugnant à assumer un héritage socialiste, préféra frayer avec les dictatures en place.

Cette politique atteignit son zénith avec Sarkozy qui, en dépit de toutes ses dénégations de campagne, a bien fait revivre la françafrique et contribué à la sape de la démocratie sur le continent. Ce chemin dédaléen l’a conduit à s’acoquiner avec Kaddafi pour des raisons non encore éclaircies, mais qui n’arrangeaient d’aucune manière, la problématique de la démocratie en Afrique.

La grande erreur de la Baule était d’avoir cru et fait croire qu’une dictature militaire ou même civile peut être transformée en démocratie et que par simple décret, l’amertume consubstantielle du sel peut se muer en la succulence du sucre ou du miel !

Avant même le travestissement des régimes putschistes en civil, les pères des indépendances avaient déjà concocté des constitutions largement ou totalement copiées sur la constitution de la Ve République Française.

Cette dernière taillée évidemment sur la mesure de l’homme exceptionnel qu’était De Gaulle qui l’a conçue dans des circonstances exceptionnelles, elles aussi, ne tenait pas compte des réalités spécifiques des pays qui l’ont adoptée, sans penser à l’adapter. Sans discernement aucun, ils n’en retinrent entre peu d’autres choses que la concentration de pouvoirs exorbitants entre les mains d’un seul homme.

Cette constitution polycopiée, et copiée-collée n’en constituera pas moins une aubaine pour ces régimes dont les chefs pouvaient en s’accoutrant de l’habit de De Gaulle exercer le pouvoir dans l’acceptation générale, même s’ils sont foncièrement antidémocrates. Ils avaient dès lors tout loisir de saper dans ses fondements mêmes, la démocratie et écraser les démocrates.

L’ère Baulienne favorisa cependant l’apparition des oppositions à ces régimes obligés de paraître, sous l’œil vigilant de la France, respectueux des droits fondamentaux des libertés d’organisation, d’expression et d’association.

Dans l’euphorie suscitée par ce vent venant de la Baule, les leaders et partant les cadres et les bases de ces oppositions ont cru à de possibles alternances au sommet des Etats grimés en démocraties pour la circonstance.

Sentant le danger, et n’étant au départ pas du tout acquis à l’idéal démocratique, les dirigeants militaires et civils de ces Etats, leurs familles, tribus et clans eurent tôt fait de mettre en place le dispositif nécessaire à l’écrasement de ces oppositions. Ils savent qu’un début de réforme même forcée, peut se transformer en véritable révolution !

Dans ce sombre dessein, leur mission première était d’éreinter les oppositions en les mettant, à force de les appauvrir, et les diviser, au bord de l’anémie physique et politique.

C’est ce qui explique qu’un cadre supérieur, un intellectuel ayant foi en la démocratie, mais soucieux de vivre, de faire carrière, de subvenir à ses besoins propres et ceux de sa famille restreinte et élargie, ne peut se placer que du côté du pouvoir, détenteur des biens publics et seul habilité à en faire profiter ceux qui ont l’heur de ne pas lui déplaire.

Cette intelligentsia qui a malencontreusement adopté le mode de vie occidental dans ses habitudes de consommation sait que dans des pays pauvres, comme les nôtres, elle ne peut accéder à un tel niveau qu’en adoptant une posture qui l’assurerait de la proximité avec le pouvoir.

Absorbés par la course à leur bien-être personnel, cette frange de la société ne dispose plus de temps pour réfléchir à la démocratie, au grand dam de nos citoyens livrés à eux-mêmes et privés de l’effort que seuls peuvent consentir les intellectuels qui ont le devoir de les éclairer, les guider sur le long chemin du recouvrement de leurs droits spoliés.

Les anciennes métropoles, à Londres et à Paris, occupées à organiser leurs sociétés au lendemain d’une guerre meurtrière et face à des défis nouveaux qui accaparent toutes leurs énergies ont mieux à faire pour eux-mêmes que de s’occuper de réfléchir à notre lieu et place pour résoudre nos problèmes. Et quand bien même ils le voudraient, cet effort ne pourrait être efficace car ils pècheraient par l’ignorance de la psychologie de nos peuples. Dans le meilleur des cas, ils se résoudraient à nous conseiller et à financer l’organisation d’élections, auxquelles on réduirait dans les faits et dans les esprits le plein exercice de la démocratie.

Mais, aussi longtemps que des solutions de rechange aux échecs des ces expériences, et tant que des stratégies de mise en œuvre basées sur des analyses concrètes de nos situations concrètes et spécifiques, n’ont pas été conçues, le mirage démocratique continuera de reculer jour après jour, et échéance électorale après échéance…

En attendant, nos concitoyens risqueront de s’en tenir uniquement à ce à quoi on les a habitué des décennies durant : le vote tribal, sur fond de régionalisme, d’hypocrisie et d’applaudissements intenses pour des hommes et des slogans auxquels ils ont cessé de croire.

C’est cette situation d’euphorie déçue que nous avons vécu en 2005 en Mauritanie où, on avait un tantinet cru à une rupture possible nette et définitive avec le système militaire qui nous gère depuis 1978. Mais l’opposition anémique à en tomber dans le coma n’avait pas de solution de rechange et préférait dans le vague espoir d’un changement réel de la situation du pays, soutenir un pouvoir qui allait très tôt se révéler une simple prise de relais entre les représentants d’un même système.

Deux années et deux coups d’Etat plus tard, visant à revigorer un système arrivé à ses limites, l’on constate avec amertume l’ampleur des dégâts et de l’obsolescence des méthodes auxquelles les autorités dépassées ont recours pour s’agripper au pouvoir.

Mais à quelque chose, malheur est bon : la classe politisée se réveille, les élites médusées devant le caractère anachronique de la mal vie qu’on leur impose, se redressent et font prendre conscience à la grande masse, de l’urgence qu’il y aurait à s’insérer dans le vaste mouvement qui traverse le monde par la refondation de leurs Etats et la résurgence de leurs nations.

Une ultime tentative désespérée de ces régimes de sauver leurs fauteuils, trônes et autres supports vacillants, est le recours aux vieilles recettes connues en marketing et qui consistent à ‘’fourguer’’ dans un nouvel emballage, à un client crédule, à l’esprit grégaire, un produit frappé d’une mévente qui menace dangereusement de faire déclarer la faillite de son producteur.

C’est ainsi que partout on a entendu ces chefs aux abois prononcer tardivement des discours enflammés contre la gabegie, la corruption et annoncer des réformes qu’ils avaient pourtant eu tout le temps d’engager durant leurs règnes qui, parfois couvraient quatre décennies.

Pour entraver la classe politique et l’élite intellectuelle, ils pratiquent une politique populiste dans le vain espoir d’empêcher les avant-gardes du changement de réfléchir à ses modalités et tracer les contours du type de démocratie à adopter qui doit débuter par l’identification des différentes étapes d’un processus de démocratisation pensé par et pour nos pays qui n’ont que trop attendu son heureux avènement.

Conscients de l’existence de ce vide, et déterminés à actionner le levier de la conception de ce système nouveau et indispensable pour éclairer nos combats présents et futurs, des groupes d’intellectuels s’activent depuis quelques mois dans le cadre de l’action des mouvements protestataires nationaux aux fins de dessiller les yeux de leurs concitoyens, et rendre l’occident attentif à la réalité du pouvoir dans leur pays respectifs.

Les systèmes qu’ils proposent nous permettront, entre autres garanties, de fermer l’accès au pouvoir aux assassins, aux dictateurs et aux voleurs de biens publics !

Par leur caractère d’hypothèses heuristiques, ces réflexions devront, nous osons l’espérer, ouvrir la voie à un large débat au sein de tous les groupements politiques et des cercles d’intellectuels afin que disparaissent les clichés et se perpétuent et se raffermissent les bases de la renaissance d’une véritable culture démocratique dans nos pays.

La démocratie de type occidental, riche d’une expérience de deux cents ans au moins, apparaît dans le contexte de nos sociétés encore sous-développées comme une greffe impossible. Elle doit chez nous être l’aboutissement d’un processus de démocratisation, exactement comme on suit au plan économique des stratégies de développement devant conduire au bout du chemin à l’édification d’une société moderne et développée. Par une harmonie totale entre les différents ressorts qui doivent être actionnés pour parachever le processus, les domaines politiques, économiques, et socio-culturels doivent viser de concert cet objectif.

La Mauritanie qui a constitué jusque-là un laboratoire des coups et contre coups d’Etat, des machinations en tous genres ourdies contre la démocratie, doit à contrario servir aujourd’hui de machine à produire des idées pour la conception d’un type de démocratie spécifique, irréversible et qu’une simple brise qui soufflerait des casernes ou d’ailleurs ne pourrait plus briser.

L’immensité de son espace physique et sa culture méditative, ajoutées à ce qui, dans les expériences d’autres nations pourrait s’intégrer dans son patrimoine, sont des atouts irremplaçables que nous pouvons mettre à profit pour ouvrir les chantiers de cette réflexion. Si jusque-là nous avons exporté les mauvais exemples des coups de force, nous pouvons devenir, en rompant définitivement avec le système militaire, le foyer ardent de la recherche du modèle démocratique qui sied aux peuples qui, encore, en voie de développement, sont également en voie de démocratisation.

Les idées que nous véhiculons dans ce cadre doivent comporter en elles-mêmes les antidotes nécessaires à l’éradication de tous les virus qui pourraient à terme freiner le développement du modèle proposé.

Dans ce contexte, nous devons, derechef nous accorder sur la terminologie idoine à utiliser, en décrétant 1que nos pays ne sont pas et n’ont jamais été des démocraties, mais qu’ils sont, quand les conditions en sont réunies, des pays à démocratiser. Nous rabattre les oreilles en prétendant le contraire, reviendrait à nous flatter, à alimenter nos fantasmes et à nous démobiliser face aux combats réels à mener.

Il est unanimement admis que l’obstacle majeur qui se dresse sur ce chemin est l’Etat lui-même, tel qu’il a été mal fondé dès le départ, et tel qu’il continue de se dérober à ses missions régaliennes. Depuis son apparition, précisément à l’aube des indépendances, tout s’est organisé autour de lui de sorte que rien ne pourrait être entrepris sans son initiative ou à tout le moins son concours.

L’entreprise privée qui devait exister de façon autonome, a été suscitée par l’Etat, à force de crédits et de facilités en tous genres.2 La démocratie, qui doit être l’œuvre commune des pouvoirs publics, des partis politiques et de la société civile doit jouir de la même attention et être, à l’instar de toutes les actions de développement, subventionnée par l’Etat.

Il y a quelques années, la Banque Mondiale, par le biais de l’Etat a accordé à la Mauritanie Dix-huit Millions de Dollars pour la vulgarisation agricole et qui a servi à des choses autres que sa destination première. 3 Un montant plus substantiel devrait être alloué à une fructueuse opération de propagation de la culture démocratique et de soutien aux partis politiques au prorata de leur action en ce sens et aux succès électoraux qu’ils auront réalisés.

Sans une démarche semblable, les partis politiques frappés d’impécuniosité chronique, nous renverrons toujours cette image d’entités faméliques qui ne pourront jamais jouer leur rôle premier d’instruments pour une démocratisation fiable de nos sociétés. L’argent qui retrouve dans le domaine politique l’illustration de sa véritable vocation de nerf de la guerre est accaparé par l’Etat qui l’utilise pour engraisser le parti au pouvoir et les affidés du régime. Ainsi alimentés, ces derniers peuvent compétir confortablement avec des partis ne se réveillant sur ce plan qu’à la veille des campagnes électorales et, allés très tard à la chasse des rares donations font souvent buisson creux.

Là réside, croyons-nous, la véritable raison du recul de la démocratisation dans nos pays !

Les partis politiques, devant, pour moderniser nos sociétés, supplanter les tribus qui envahissent leurs platanes, doivent être perçus comme des entreprises idéelles, capables, si elles sont dotées des moyens nécessaires, de créer l’homme nouveau qui aura la charge de faire émerger les sociétés modernes que nous voulons édifier. Il va sans dire que cela va au-delà des maigres subventions que l’on distribue parcimonieusement à des chefs de partis ou de groupes très souvent cooptés pour leur proximité avec les pouvoirs du moment.

Ce qu’il faudrait envisager aujourd’hui c’est de placer le développement politique au même niveau que les autres secteurs de développement pour un essor harmonieux de tous les segments du corps sociétal.

De la même manière qu’on vote, ou inscrit un budget pour l’armée ou pour l’éducation, il doit être procédé, au grand jour et par les voies adéquates à l’octroi d’un budget suffisant aux partis politiques. Ces organisations, quoique disputant le pouvoir à ses tenants de l’heure, ne doivent pas, outre mesure, pâtir de cette posture.

Leur performance durant les échéances électorales se trouveront améliorées car, disposant de moyens financiers le leur permettant, ils auront, entre deux scrutins pu ouvrir des centres d’alphabétisation, voler au secours de populations sinistrées et rétribuer leurs cadres dégagés à plein temps de toutes autres activités, pour se consacrer à l’action politique.

Pendant cinq longues années, ces partis, qui prennent le départ dans la compétition avec un retard équivalant à cette durée, se trouvent largement distancés à la ligne d’arrivée par le parti au pouvoir courant sans peine sur les pistes soigneusement aménagées par l’argent des contribuables électeurs subventions de l’Etat. Et comble du ridicule, on se donne le droit de les noter, de les juger à l’aune de résultats aussi mitigés.

Comparées au domaine de l’agriculture, dont les projets sont accompagnés dès le stade de l’ensemencement jusqu’à la récolte, en passant par l’irrigation, la livraison d’intrants etc… toutes les étapes par lesquelles les partis politiques passent avant la récolte des voix électorales, doivent être objet de financement.

La paupérisation voulue, créée et entretenue par les dirigeants au pouvoir, rend impossible toute alternance démocratique et réduit les programmes des partis politiques à de faramineuses promesses que ne viennent pas soutenir des analyses de fond des ressources devant les financer. Pour ce faire, il aurait fallu armer ces partis de budgets sur les fonds publics pour financer le travail de recherche et de réflexion que leurs cadres libérés des contraintes de la vie s’attèleraient en toute sérénité à fournir. Ce qui permettrait aussi de mettre un terme au subjectivisme et à la personnalisation des partis qui, maintenus dans cette situation, ne vivent que par l’effort consenti sur les biens propres - ou qui le sont moins - de leurs dirigeants.

Car, quel que soit le charisme de tel ou autre chef de parti ou de groupement politique et quelle que soit la popularité de tel député ou sénateur, ils ont besoin de cette armée de concepteurs de programmes et d’assistants parlementaires qui rendront intelligibles leurs discours et leurs critiques et propositions de lois.

Tous les partis politiques, ceux au pouvoir compris, doivent lutter avec acharnement contre les handicaps qui peuvent freiner l’élan démocratique. Leurs actions de sensibilisation doivent être orientées vers la reconversion des mentalités, le civisme, la justice et l’égalité, l’équité et le combat farouche contre le racisme, le chauvinisme, le tribalisme et le régionalisme.

C’est  l’unique voie pour l’apparition d’une classe politique réellement nouvelle et non le choix éclectique de thuriféraires aveuglément acquis au régime et précisément choisis pour barrer le chemin aux démocrates et aux hommes politiques de valeur.

Le parti au pouvoir, fort justement de cette position, dispose de moyens financiers énormes pour assurer la diffusion de ses idées et récolter au moment des échéances électorales le fruit de ‘ses efforts’. Seulement, ces moyens destinés au financement des actions politiques ne doivent pas être affectés uniquement au seul pouvoir ; les autres partis, singulièrement ceux de l’opposition, doivent aussi en bénéficier suivant des critères que les partis concernés définiront ensemble.

4 L’aide concédée par l’occident qui ne doit pas se limiter à l’argent mais englober l’assistance technique en matière de démocratisation, doit, même si elle passe par l’Etat, être suivie, pour s’assurer qu’elle parvient à ses destinataires qui l’auront méritée en fonction de leur poids politique, parlementaire ou selon les actions d’envergure qu’ils auront menées  entre deux échéances électorales. A chaque étape, ces montants seront soumis à des audits sévères pour fermer la porte aux détournements auxquels ils peuvent faire l’objet.

Accusant du retard dans les domaines économique, social et culturel, nous sommes également à la traîne au plan du développement politique dont la démocratie constitue de nos jours le pivot central.

Le hiatus qui s’élargit, jour après jour, entre nous et les nations développées nous astreint à brûler les étapes en capitalisant d’abord à notre compte le patrimoine universel commun pour ensuite prendre le temps de réfléchir à son adaptation à nos réalités distinctives.

Aujourd’hui, la cause de la démocratie avançant, le respect dû aux nations se mesure à l’aune de l’intérêt qu’elles portent à… leurs oppositions ! Elles ne sont pas jugées sur la base du traitement de faveur qu’elles accordent à leur majorité. C’est : ‘’dites-moi comment vous traitez votre opposition, je vous dirai où vous vous situez !’’ Est-ce du côté des démocrates qui croient en la vertu de ce système ou de celui des faussaires qui l’utilisent comme paravent pour vaquer à leur basse besogne de perversion de la démocratie ?

5. Un débat national doit être engagé sur la question entre les élites politiques et intellectuelles pour déterminer les différentes étapes de la démocratisation.

Ce grand moment de notre histoire contemporaine donnera lieu à des joutes salvatrices qui nous permettront d’apporter des remèdes et des solutions aux grandes questions nationales qui ne peuvent être résolues que dans le cadre de l’application effective des règles d’une démocratie pensée par et pour nous-mêmes.

Ainsi, dans une ferme volonté de refonder les bases de nos sociétés et organiser notre vie commune sur cette terre, les problèmes posés par les séquelles de l’esclavage, du racisme, des langues et de la répartition des richesses, trouveront, dans la concorde et la sérénité, des solutions définitives à même de préserver notre unité et nous mieux préparer à relever les défis du développement dans tous les domaines.

Ces échanges nous permettront par-dessus tout cela, de réfléchir aux sources des pouvoirs qui, parce que concentrés dans les mains d’un seul homme nourrissent et fécondent les abus de toutes sortes et ne sont bridés par aucune contrainte constitutionnelle ou juridique qui en limiterait les conséquences désastreuses.

Une fois élus, ou installés manu militari et se prévalant pourtant dans les deux cas de la démocratie, nos dirigeants, désormais libres de toute entrave, n’en font plus qu’à leur tête, ne consultant jamais et ne rendant compte de leurs actes à personne.

Dans le contexte décrit plus haut, la responsabilité dans ce gâchis est imputable à notre mimétisme sans discernement qui nous fait copier le mode de scrutin des pays développés, qui, déjà démocratisés depuis des siècles, peuvent s’offrir le luxe d’accorder deux mandats de suite ou même plus à un président, démocratiquement élu par les suffrages de citoyens pétris de culture démocratique.

6 Chez nous, seul le mandat unique peut nous préserver des mauvais usages qui consistent en la pratique de la fraude, du tribalisme, du népotisme et de l’impunité. Ce mandat non renouvelable, dans cette phase de démocratisation est la garantie contre les risques de dévoiement qui pèseraient sur le processus quand on laisse un homme, un seul, disposer de l’avenir de tout un peuple.

Ces dirigeants, pompeusement affublés du statut de garant de la démocratie, sont malheureusement l’unique menace pour l’existence ou la survie de celle-ci.

La tentation du second mandat ou de la magistrature à durée illimitée fausse le jeu démocratique. Dès le départ les dés sont pipés. Le principe de la libre concurrence appliqué au jeu politique est vicié par ce fait inouï qui met en compétition un candidat sortant, doté des moyens de l’Etat et un homme politique ayant pour seules armes son programme de campagne et une capacité supposée de conviction qui, dans le contexte de nos sociétés, l’apparente au mieux à un sage qui prêche dans le désert.

Dans ce cas de figure, les compétiteurs ne se lancent pas au même moment et avec les mêmes moyens à partir de la même ligne de départ. Quand l’un amorce son sprint, l’autre est déjà sur la marche supérieure du podium à la ligne d’arrivée. Celui-là qui disposait déjà de solides outils le favorisant dans la course, peut, en cas de besoin disposer à sa guise de la liberté de son concurrent le plus menaçant qu’il incarcère à loisir en invoquant des raisons très souvent fantaisistes. Comme sur un ring, ce combat inégal qui mettrait aux prises un mastodonte et un lutteur chétif et malingre, est d’avance gagné. Personne ne parierait, pour la victoire, sur le boxeur, d’entrée de jeu, mal en point et qui plus est n’est pas connu et craint comme c’est le cas d’un président qui, tout au long de son mandat a eu le temps de susciter ces émotions.

L’histoire récente et l’expérience nous enseignent que le président sortant une fois réélu, et parce que, contesté, se transforme en criminel, massacrant par-ci, pillant par-là, réglant des comptes et assouvissant des vengeances personnelles. Le triste exemple de la Côte d’Ivoire de Gbagbo est là pour nous le rappeler. La guerre civile qu’a provoqué son entêtement à demeurer au pouvoir a coûté au pays plus de 3000 morts sans compter les mutilés à vie, les exilés, les énormes dégâts matériels et par-dessus tout, le préjudice porté à la démocratie.

Pourquoi pensez-vous qu’un président sortant ayant effectué un plein mandat s’obstine-t-il à rempiler ?

Il le fait tout simplement parce qu’au cours de cette mandature, il a été amené, pressé par le temps, son entourage et sa personnelle cupidité, à commettre des actes répréhensibles : tels les meurtres, les détournements de deniers publics et il veut à tout prix briguer et obtenir ce second mandat dans le vain espoir que son immunité lui assure l’impunité.

D’autres effets pervers de cette démocratie par les élections en exclusivité résident dans l’acharnement du président ‘’sortant-rentrant’’ à dilapider les biens publics qu’il prélèvera sur le budget de l’Etat afin de pourvoir au financement de sa campagne et à l’achat des voix. Ce faisant, il ouvre le chemin de la rapine à ses soutiens publics et privés pour un pillage systématique des ressources du pays. L’administration, ailleurs institutionnellement neutre, est mise à contribution dans ce carnaval insolite de mise à genoux de l’économie de la nation.

Des nominations, méritées uniquement par le dévouement des récipiendaires au chef suprême, pleuvent, alourdissant des appareils déjà aux limites de leurs capacités. Ces derniers sont très souvent sans qualification et n’ont dans leur cœur aucune once d’amour pour leur patrie.

Le président-candidat a, en sus, cette possibilité de recevoir des dons de ses homologues dans la région et dans le reste du monde pour le soutenir dans sa réélection. Le quidam qui se présenterait contre lui, au nom et avec les seuls moyens souvent minimes de son parti, a très peu de chances de lui ravir le fauteuil convoité.

7.Au lieu de se contorsionner de la sorte et battre campagne pour une improbable impunité, le président-sortant, serait mieux avisé de s’occuper plutôt de dresser le bilan de son exercice et rendre compte à son peuple des actes qu’il aura posés durant son parcours. Car il est tout de même sordide que ce personnage qui refuse de se soumettre à la question sur les résultats de son mandat, veuille obtenir de nouveau les suffrages d’électeurs devant lesquels il ne se sent pas comptable de ses agissements.

Nos pays, dans ce domaine ne ressemblent en rien aux pays occidentaux dont les exécutifs sont l’objet chaque jour de critiques et dont l’action est freinée par des contre-pouvoirs vigilants  et pointilleux. Le seul palliatif contre ces dérives, ne peut être pour nous que cette exigence d’inventaire en fin de mandat qui décidera de la destination du postulant : la prison ou la rue !

C’est le cas ici de se demander : pourquoi est-on si exigeants envers les PDG des sociétés au moment de la présentation de leurs bilans que l’on sanctionne par un quitus quand ils sont positifs et de la mise en examen quand leurs comptes sont anormalement négatifs, et comment est-on si conciliants avec les présidents sortants ? Est-ce parce que dans le premier cas il s’agit de l’argent privé, et là de l’argent du contribuable, donc de personne ?

L’entêtement du président sortant à demeurer en place, parfois ad vitam peut, dans certains cas, relever du domaine psychiatrique. Durant son long règne, usé et éreinté par celui-ci il peut avoir nourri un lien affectif avec le pouvoir, ses ors et les lambris de ses palais qui lui donne le sentiment en le perdant, qu’il se détache d’un être cher que rien ne pourrait le consoler de sa disparition.

S’il avait réfléchi auparavant que si le  pouvoir  pouvait demeurer pour la vie entre les mains d’une seule personne, il ne serait pas parvenu jusqu’à lui, il aurait peut-être, pu envisager la chose avec plus de sérénité, de paix de l’esprit et de l’âme.

Plus sûr encore : s’il avait dès le départ, un niveau intellectuel suffisant pour appréhender sa mission, le choc du départ en serait amorti et l’alternance se passerait dans la bonhomie et le fair-play.

Nous avons en souvenir l’exemple de l’ancien président sénégalais, L. S. Senghor, poète et écrivain à ses heures qui, une fois sorti du sérail a pris sa plume et est entré de plain-pied à l’Académie Française. Son successeur a fait de même en remettant les clefs du palais à qui de droit et s’est retrouvé sans déprime et sans verser de larmes sur un fauteuil qu’il n’occupe plus, à la tête d’une importante Organisation Internationale. C’est, peut-être dans le choix d’hommes cultivés pour présider aux destinées de la nation, que réside la singularité du Sénégal, modèle de démocratisation réussie que n’est jamais venu perturber un coup d’Etat militaire.

En plus, et nous le savons, un second mandat n’a jamais été meilleur, en termes de performances qu’un premier. On a au contraire vu en Côte d’Ivoire, au Mali, en Libye et partout où les chefs d’Etat s’éternisent dans leur fauteuil, des préjudices énormes portés à la démocratie, à la vie des hommes et des femmes de ces pays.

Le temps avançant, l’esprit de ces despotes - à considérer qu’il l’avait été auparavant - devient moins fécond, parce que s’engonçant, dans leur tour d’ivoire, ils n’ont plus de contact direct avec leurs peuples et s’enferment dans le ronron de l’expédition des affaires courantes dans l’attente de la catastrophe qui les fera déguerpir.

La même rigueur doit être de mise dans les deux cas pour un fonctionnement sain et serein de nos Etats. A cause de l’absence totale de transparence dans la gestion de nos affaires publiques, nous n’apprenons l’ampleur du gâchis occasionné par la persistance des présidents sortant à demeurer en place, qu’après le départ de ces derniers. Il ne nous restera alors comme moyen de contrôle et de vérification, en l’absence d’outils d’évaluation en cours d’exercice que l’introduction de l’alternance automatique, que ne peut conférer que le mandat unique, non renouvelable.

Le verdict des urnes ne peut pas être le seul paramètre à considérer. Sans la prise en compte de tous les mécanismes de la démocratie, il n’y a pas d’alternance possible !

Ce système qu’il faut savoir mettre en place, dans les règles a, d’abord, une vertu didactique qui permet d’éveiller les consciences que les faussaires et les faux dévots de la démocratie sont prompts à embrumer.

Ils font croire aux populations que les élections, au lieu de mettre en compétition deux candidats ayant, en théorie les mêmes chances de réussir ou d’échouer, visent plutôt à répondre à la question : quel est votre président ? et habitués sur les écrans TV et sur les ondes des radios à ne voir et entendre que le nom et les remontrances du président sortant, leur choix est vite fait pour celui-ci.

On peut en sourire ailleurs, mais chez nous cela produit des drames !

D’autres, exploitant l’ignorance de la grande masse, des préceptes de la religion les menacent des foudres du ciel si d’aventure ils ne votaient pas pour le tuteur universel (le waliyou al amr) quasiment doté d’un pouvoir divin. L’alternance automatique se passant entre des hommes qui n’ont jamais exercé le pouvoir, et celui-là frappé de vacuité provisoire, arrache aux tenants de cette thèse alambiquée cet argument douteux.

Ceux-là seraient mieux écoutés si un jour, ils relevaient la tête et s’opposaient, par des arguments plus authentiquement religieux, à l’odieuse entreprise de l’achat des consciences qu’on pourrait facilement assimiler au faux témoignage stigmatisé et rejeté par notre foi islamique.

L’on se demande par ailleurs pourquoi ceux qui rédigent les textes constitutionnels et soucieux de réduire la durée des mandats des présidents, ne vont-ils pas directement vers leur limitation à un mandat unique au lieu de deux par exemple ?

A cela, plusieurs réponses possibles dont nous retiendrons la crainte instillée des décennies durant dans les esprits, qu’inspire le statut du président, et, l’égoïsme aidant, le souci de se ménager la chance de profiter de cette longue durée, le jour où on serait soi-même investi de cette fonction.

8.Les intellectuels, penseurs et autres partis nouveaux qui se refusent à s’arrêter au milieu du gué, et à entériner les demi-mesures en démocratie inspirées par la peur ou la subjectivité, vont même au-delà, en demandant à l’occident soucieux de la propagation de la culture démocratique dans le monde, d’adopter lui-même le mandat unique pour l’exemplarité.

Pour une fois, le mimétisme qui nous anime généralement pour copier des modèles inappropriés, sera curatif des mille maux dont souffrent nos sociétés.

Une telle démarche serait à coup sûr plus bénéfique et moins coûteuse en biens et en vies humaines que l’imposition de l’exercice de la démocratie par les chars blindés et l’usage de la force.

Il n’y a qu’à comparer, à titre d’exemple, l’apprentissage de la conduite d’une voiture à vitesse automatique et d’une autre à vitesse mécanique dont le levier est tout le temps sollicité pour suivre le rythme du régime du moteur. Celle, automatique ne requiert qu’un léger coup d’accélérateur pour le changement de vitesse, tandis que l’autre demanderait d’appuyer du pied sur l’embrayage et de la main sur le levier de vitesse, avec des risques de ‘’cliquage’’ très fréquents en période d’apprentissage.

Telle est, schématiquement, la différence formelle entre l’alternance automatique, aisée, sans soubresauts et le retour aux conséquences incertaines d’un président-sortant, trainant le plus souvent d’assourdissantes casseroles.

La démocratie pour mieux progresser a besoin, pour faire circuler son sang, d’une arrivée périodique d’air pur. En s’oxygénant de la sorte, tel un ‘’yogi’’, elle doit alterner l’expiration et l’inspiration pour rejeter les pollutions et avaler l’air vivifiant que rendait délétère la routine gabegique et spoliatrice dans laquelle la maintenait le président-sortant.

9.Afin de prévenir les remous et les bouleversements que son premier mandat aurait suscités, ce candidat éternel à sa propre succession ne doit pas échapper à la fin de son exercice à se soumettre à celui du contrôle. Des audits indépendants devraient être conduits par des organismes à créer pour ce faire, ou par des instances onusiennes ou des bureaux internationaux reconnus pour leur compétence, leur probité et leur impartialité.

Au sortir de ces audits pluridisciplinaires, le président sortant sera placé devant trois destinées possibles pour son devenir :

  1. S’il a fait un parcours sans faute, non entaché d’enrichissement, de crimes ou autres exactions, l’organisme de contrôle lui remettra au nom de la communauté nationale un quitus le blanchissant de tout mauvais usage de son pouvoir. Il lui allouera également une pension conséquente de retraite et lui donnera droit, après un ou deux mandats de ses successeurs, à une nouvelle mandature. Entre-temps, son successeur immédiat pourra le consulter sur les questions pour lesquelles il détient une réelle compétence.
  2. S’il a connu quelques succès et des échecs ne comportant pas de pillage de biens publics ou de crimes, il aura droit à une pension et ne pourra plus jamais se représenter.
  3. S’il a commis des crimes, pillé les richesses du pays, commis des abus en tous genres, il devra être passé en jugement devant une haute cour de justice. Il ne lui sera versé aucune pension et ne pourra évidemment plus briguer un mandat électif.

Ainsi, le mandat unique, non renouvelable en plus de ses vertus démocratiques, constitue un barrage infranchissable contre la dictature, tout comme il libère la conscience des hommes qui, usés par l’attente dix ou vingt années durant, du départ du président, pourront ronger leur frein le temps d’une courte magistrature.

Dans nos sociétés, il n’est pas rare de voir apparaître ex-nihilo sur la scène politique des hommes venus de nulle part, adulés et entourés de toutes parts, sans qu’on sache d’où leur vient cette aura et cette vénération que leur vouent des franges importantes de nos populations.

A y regarder de près on s’aperçoit que cette célébrité factice provient précisément du vide occasionné par l’absence de critères d’évaluation des hommes que supplante une matérialisation effrénée de notre vie où l’argent-roi souvent mal acquis sert de référence. Il est très rare, en revanche qu’un homme soit jugé sur sa valeur intrinsèque, sur le message politique ou culturel dont il est porteur.

Dans ce contexte la mise à contribution de l’Etat dans le financement des partis et des activités politiques devient une nécessité impérieuse et constitue un garde-fou de taille pour barrer le chemin à l’intrusion de personnages incultes et rapaces dont les seules qualités se ramènent au volume de leur compte bancaire.

C’est le cas ici de définir les critères suivant lesquels les postulants à la magistrature suprême de nos Etats doivent être choisis.

10.Une première précaution pourvoira à ne retenir la candidature que de ceux qui, avaient suivi une formation académique de 3eme cycle. L’univers dans lequel le postulant évoluera, une fois élu, le mettra en contact avec des chefs d’Etat d’un niveau d’études, supérieur, avec lesquels il ne pourra communiquer ni négocier que si des aptitudes cognitives sérieuses l’y auront préparé.

En occident par exemple, l’apprentissage commence depuis la cellule familiale, ensuite à l’école, dans la rue, à l’université et dans la vie active. Dans nos pays il n’y a que deux creusets possibles : l’école, le cursus académique et les partis politiques. Or, ces derniers sont chez nous bloqués dans leur action par les dictatures militaires et civiles qui se donnent comme devoir prioritaire, pour asseoir leur pouvoir, de ligoter les formations politiques et de museler leurs animateurs. Ces moules qui auraient pu façonner, avec leurs connaissances académiques, des hommes capables de diriger des Etats modernes, sont la cible de tous les médiocres de nos pays qui voient dans l’avènement de ce type d’hommes, leur total



LE TOP 5 DES TUEURS ANTHROPOPHAGES OCCIDENTAUX

7 01 2013

Hormis les cas de Nicolas Cocaign, le cannibal de Rouen et d’Issei Sagawa, le Japonais du Bois de Boulogne, d’autres assassins  tout aussi siphonnés ont défrayé la chronique occidentale au cours des cent dernières années en bouffant leurs victimes. Si on peut difficilement les qualifier de cannibale, la notion de rituel étant complètement absente dans leur démarche, il n’empêche que les actes incriminés ont largement de quoi faire pâlir les meilleurs scénaristes en la matière. J’en profite pour caler en fin d’article une interview sur la question que j’ai réalisé avec le psychanalyste George Henri Melenotte.Armin Meiwes: le gourmet cannibale


Armin Meiwes, aujourd’hui âgé de quarante-neuf ans, était un informaticien allemand sans histoire. En 2001, il laisse plusieurs annonces sur le web dans lesquelles il confesse être à la recherche d’un individu qui serait consentant pour se faire bouffer. Après des centaines de réponses plus ou moins sérieuses, il engage une correspondance soutenue avec Jürgen Armando Brandes, un ingénieur berlinois de 43 ans particulièrement intéressé à l’idée de se faire cuisiner l’oignon.

Les deux hommes se rencontrent alors au domicile d’Armin Meiwes en mars 2001. Programme de la journée? Passer à l’action et se faire leur petite graille non sans coucher ensemble au préalable. Meiwes bourre ensuite son hôte d’anti-analgésiques et décision commune est prise de sectionner le pénis de Bernd Jürgen Armando Brandes. Au cours d’une scène d’anthologie qui durera neuf heures et sera entièrement filmée selon les dires de Meiwes, les deux hommes préparent le pénis avec amour avant de le déguster en tandem. Une fois le repas terminé, Meiwes tue son hôte en l’égorgeant – toujours avec son accord – avant de l’étriper, de le découper et d’en conserver quelques morceaux au congélo.

Il est finalement arrêté le 10 décembre 2002, après avoir publié une seconde annonce de la même trempe, lorsque la police découvre plusieurs sacs de viande humaine à son domicile. Armin Meiwes regrettera ensuite son geste même s’il concède garder un bon souvenir du repas. Tour à tour,surnommé Der Metzgermeister (le maître boucher) ou le Cannibale de Rotenburg, Meiwes a été condamné en 2004, dans un premier temps, à huit ans et demi de prison, avant de manger perpet’ en 2006 au cours d’un second procès.

Albert Fish, le mangeur d’enfants.


Albert Hamilton Fish, né en 1870 à Washington D.C. et mort en 1936 à dans l’état de New York présente un sacré bagage de sale taré. Tueur en série surnommé le « Vampire de Brooklyn », « l’Ogre de Wysteria » ou encore le « croque-mitaine », Albert Fish, au cours de son existence, a vraisemblablement exploré toutes les perversions qui lui venaient à l’esprit, se livrant tour à tour à des pratiques sexuelles sadiques, masochistes (on parle même d’auto-castration), pédophiles ou encore coprophiles (manger les organismes qui se développent dans les déjections animales).

Ses perversions évoluant avec le temps, Fish commença à partir des années 1920 à s’intéresser à la possibilité de manger les enfants qu’il violait et assassinait. C’est ainsi qu’il dévora notamment la jeune Grace Budd, âgée de dix ans, après avoir convaincu ses parents, rencontrés quelques temps auparavant, de le laisser l’emmener à une fête d’anniversaire. Anthropophage à tendance sexuel, il affirma éprouver un plaisir sexuel incommensurable à manger un enfant et écrivit d’ailleurs une lettre à la mère de Grace Budd pour lui expliquer à quel point sa fille avait été succulente. Il fut finalement jugé en mars 1935 pour ce meurtre, procès au cours duquel il en confessa d’autres. Ce gros sicko fut finalement exécuté par électrocution en janvier de l’année suivante.

Andrei Chikatilo, l’instituteur cannibale


Andreï Romanovitch Chikatilo né en 1936 en Ukraine et décédé en 1994 est un charmant tueur en série qui a hérité un jour du surnom de « Monstre de Rostov ». Instituteur et père de deux enfants, Chikatilo est connu pour s’être auto-crédité de pas moins de cinquante-cinq meurtres, principalement des femmes et des enfants. Communément reconnu comme impuissant, il semble qu’il ne pouvait obtenir de satisfaction sexuelle qu’en torturant et en assassinant de pauvres enfants. Selon des habitudes bien rodées, il mutilait ses victimes puis en consommait la chair – avec une affection toute particulière pour les seins et les organes sexuels – non sans leur avoir préalablement ôté les yeux.

Unanimement désigné comme l’un des pires criminels du XXe siècle, Chikatilo échappa durant de nombreuses années à la police soviétique, l’appareil d’état et l’idéologie officielle se refusant à admettre que les tueurs en série puissent exister dans ce merveilleux havre de paix que constituait le régime socialiste. Il fallu finalement attendre la fin des années 1980 synonyme d’émergence de la perestroïka et de la glasnot initiées par Gorbatchev pour que l’hypothèse du tueur unique soit enfin considérée.

Arrêté en 1992, après la chute du mur, Chikatilo fut rapidement confondu et expliqua son geste répété par le dégoût pour les moeurs relâchées de ses victimes confiant son sentiment d’être persuadé de souffrir d’une « espèce de maladie ». Après un procès ouvert en avril 1993 au cours duquel il fut reconnu coupable de cinquante-deux meurtres, il fut exécuté d’une balle dans la nuque en février 1994.

Robin Gecht & co: Les éventreurs de Chicago.


Le groupe des éventreurs de Chicago, composé de Robin Gecht – son cerveau – d’Edward Spreitzer et des frères Andrew et Thomas Kokoraleis sévit aux Etats-Unis au début des années 1980. Selon une méthode bien rodée, les quatre comparses sillonnaient les recoins de la ville en van à la recherche de prostituées. Une fois les victimes trouvées et embarquées, ceux-ci se rendaient en règle générale dans l’appartement de Gecht. Une fois les jeunes femmes assassinées – non sans les avoir préalablement violées et torturées – nos quatre garçons plein d’avenir découpaient rituellement un sein de la victime et se masturbaient dans la chaire pour finalement le dévorer durant des sessions au cours desquelles Gecht lisait des passages de la Bible satanique. Bon enfant t’as vu.

Les quatre compagnons de cruauté furent finalement arrêtés en 1982 avoir avoir poignardé une jeune prostituée. Suspectés d’être responsables de la disparition de dix-huit femmes, les membres du groupe furent jugés en 1983 et connurent des fortunes diverses. En dépit des accusations de ses partenaires de crime, Gecht ne put jamais être formellement accusé de meurtre et fut condamné à une peine de 120 ans de prison pour la mutilation et le viol d’une prostituée de dix-huit ans. Edward Spreitzer et Andrew Kokoraleis furent pour leur part condamné à mort pour le meurtre de Lorraine Borowski, une secrétaire de 21 ans enlevée sur le chemin de son travail, alors que Thomas n’écopa que d’une peine de prison à vie. Andrew Kokoraleis fut exécuté en 1999 alors que la peine Spreitzer fut finalement commuée en prison à vie en 2003.

Jeffrey Dahmer, le cannibale de Milwaukee


Issu d’une famille bourgeoise, Jeffrey Dahmer, né à Milwaukee, en 1960 commet son premier meurtre – un auto-stoppeur – en 1978 après que ses parents, récemment divorcés, lui aient laissé le loisir de squatter la maison seul. Il se tint ensuite à carreaux jusqu’en 1987, date à partir de laquelle il laissera parler son caractère tordu, commettant seize meurtres en tout. S’attaquant principalement à des jeunes hommes sans-abri, marginaux ou homosexuels dragués dans des bars gay, Dahmer tue essentiellement dans le but d’assouvir ses fantasmes nécrophiles et de contrôler intégralement ses victimes. Selon une méthode récurrente, Dahmer invitait ses victimes chez lui, les droguait puis les étranglait avant de les dépecer et les démembrer, conservant certaines parties en guise trophées – certains auraient décoré sa cheminée – et en dissolvant le reste dans une cuve à acide que la police découvrit au moment de son arrestation.

Jamais à cours d’idées, Dahmer tenta de transformer certaines de ses victimes en zombie, leur forant un trou dans le crâne pour y injecter de l’acide ou de l’eau bouillante. Il se livra bien entendu à quelques actes de cannibalisme dévorant notamment le biceps de l’une de ses victimes. Finalement arrêté en 1991, après avoir été dénoncé par un rescapé ayant réussi à s’enfuir, la police en eut pour son argent en découvrant un réfrigérateur et des placards remplis de têtes, de parties génitales et de membres humains. Jugé en février 1992 au cours d’un procès retentissant tant l’horreur de l’affaire captiva les médias, Dahmer écopa une peine de 957 ans de prison. Il fut finalement assassiné en prison par un co-détenu schizophrène, persuadé d’être Jesus Christ, qui lui éclata la tête avec une haltère. Vrais reconnaissent vrais.

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Le cannibalisme vu par le spectre de la psychanalyse.

A l’occasion de l’écriture de ce dossier sur la question cannibale, j’ai demandé à George Henri Melenotte, psychanalyste, membre de l’école lacanienne de psychanalyse et auteur de l’ouvrage « Substances de l’imaginaire » de m’éclairer sur l’interprétation du cannibalisme par ce biais.

Comment considère t-on et traite t-on le cannibalisme chez les psychanalystes?

La psychanalyse est une pratique qui permet de montrer que les pulsions cannibaliques et orales sont universelles bien que forcément décalées par rapport au souci d’une bonne organisation sociale. La pratique analytique met plutôt en évidence la difficulté du caractère artificiel de la vie en société. Les pratiques cannibaliques sont des pratiques qui sont refoulées chez chacun d’entre nous et apparaissent ponctuellement de manière accidentelle comme ce fut le cas dans l’affaire Nicolas Cocaign. Cela montre qu’il y a un grand problème en terme d’organisation sociale. Celle-ci n’est pas suffisamment répressive pour empêcher l’émergence de ce type de comportement. Cela prouve aussi qu’il existe des données intrinsèques à chaque individu qui ne sont pas maitrisables et contrôlables. La psychanalyse est une réponse à la tentative de normalisation de la société qui vise à socialiser les comportements humains.

La psychanalyse fait-elle des différences entre les multiples formes de cannibalisme?

L’approche analytique ne vise pas à introduire ce genre de distinction. Par exemple, les comportements d’un certain nombre de soldats américains stationnés en Irak ont été l’objet d’études. Celles-ci ont montré que dans certaines circonstances, et malgré son acculturation, l’animalité en l’homme pouvait modifier son comportement et aller dans le sens de ce qu’on peut appeler le cannibalisme, la torture ou le plaisir de tuer.

Dans le cas de Nicolas Cocaign comment expliquer une telle violence, et le fait qu’il ait pu dire lui-même avoir ressenti quelque chose proche de la jouissance sexuelle?

Je ne sais pas si c’est une question que vous me posez car la réponse semble déjà là. Mais effectivement, nous avons affaire ici à des aspects étranges, voire inquiétants de la sexualité, qui nous parasitent. Le geste cannibalique est un geste qui ne va pas sans une certaine jouissance. Les deux sont donc très liés.

Les détails de l’acte – certains vont dépecer et congeler des morceaux de manière bien préméditée, d’autres vont procéder de manière plus impulsive – traduisent-ils des pathologies particulières?

Dans ce cas précis, il faut savoir que ce sera au psychiatre de déterminer s’il y a effectivement une pathologie mentale sous-jacente à ces actes alors que l’analyste lui n’abordera pas la question sous le même angle. Plutôt que de s’intéresser à la pathologie, il essaiera d’aborder la question de la particularité afin de voir les éléments qui ont pu rentrer en ligne de compte pour induire ce comportement et différencier ce qui est normal de ce qui ne l’est pas.

Dans le cas d’Armin Meiwes, l’anthropophage allemand, les médecins se sont principalement cantonnés à des recherches d’imageries cérébrales montrant des altérations de régions anatomiques entraînant des perturbations au niveau des neurotransmetteurs. Ne serait-il pas intéressant de faire également des études plus approfondies sur l’organisation familiale de ces personnes et les failles de leur psychisme?

En effet, ce serait bien rassurant que l’on trouve des explications locales à ce type de comportement. L’existence de la psychanalyse est justifiée par le fait même qu’on ne peut plus continuer à méconnaitre ce genre d’événement, de comportement et d’actes. Il faudrait donc essayer de découvrir les ressorts de ces actes. La découverte freudienne et lacanienne soutient aussi l’idée que ces comportements ne sont pas intrinsèquement cannibaliques mais plus exactement des forces d’expression de notre sexualité.

Loïc H. Rechi

Cet article et cet interview ont été initialement publiés dans le numéro septembre-octobre de Snatch Magazine. A lire également « Sur les traces sanglantes du cannibalisme moderne« .



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